Deuil : approches douces pour traverser la perte
Deuil : étapes de Kübler-Ross et leurs limites, modèle du double processus, réactions normales, rituels, écriture, dates difficiles et quand consulter.
La résilience est la capacité à traverser une épreuve et à reprendre un développement satisfaisant malgré elle. Ce n'est ni un trait fixe ni l'absence de souffrance, mais un processus qui s'appuie sur des liens, du sens et des compétences. Voici les facteurs qui protègent, 8 leviers concrets et les situations où il faut consulter.

En physique, la résilience désigne la capacité d'un matériau à absorber un choc sans se rompre. En psychologie, le mot décrit la capacité à rebondir après une épreuve : un deuil, une maladie, une séparation, un licenciement, un accident, une enfance difficile. La personne résiliente n'efface pas ce qui s'est passé ; elle parvient, avec le temps et des appuis, à reprendre un fonctionnement satisfaisant et à se projeter de nouveau.
Les premières recherches marquantes viennent de la psychologue américaine Emmy Werner. Avec Ruth Smith, elle a suivi pendant plusieurs décennies l'ensemble des enfants nés en 1955 sur l'île de Kauai, à Hawaï. Une partie d'entre eux grandissaient avec de nombreux facteurs de risque : pauvreté, conflits familiaux, troubles psychiques ou alcoolisme d'un parent, complications à la naissance. Or une proportion importante de ces enfants, environ un tiers selon les auteures, sont devenus des adultes compétents et confiants. L'étude a déplacé la question : au lieu de se demander seulement ce qui abîme, on s'est demandé ce qui protège.
En France, le psychiatre et éthologue Boris Cyrulnik a largement diffusé la notion à partir de la fin des années 1990. Il insiste sur deux idées : la résilience se tricote dans la relation, grâce à ce qu'il appelle des tuteurs de résilience (une personne, un lieu, une activité qui offrent un appui), et elle passe par la possibilité de donner sens à ce qui est arrivé, souvent en le racontant. La psychologue américaine Ann Masten a résumé un autre constat important en parlant de « magie ordinaire » : la résilience ne relève pas de qualités exceptionnelles, mais de ressources banales, relations, compétences, sentiment d'efficacité, qui fonctionnent bien.
Le mot est devenu à la mode, au point d'être parfois utilisé comme une injonction. Quelques clarifications évitent de se retourner contre soi.
Les recherches sur la résilience convergent vers un ensemble de facteurs de protection, c'est-à-dire de ressources qui augmentent la probabilité de traverser une épreuve sans s'y perdre. Aucun n'est indispensable à lui seul ; ils se cumulent et se compensent.
| Facteur | Ce qu'il recouvre | Comment le renforcer |
|---|---|---|
| Liens | Au moins une relation de confiance, un sentiment d'appartenance | Identifier ses personnes ressources, reprendre contact, accepter l'aide proposée |
| Sens | Valeurs, convictions, projet, sentiment que sa vie compte | Clarifier ce qui compte pour soi, relier ses actions à ses valeurs |
| Compétences | Capacité à résoudre des problèmes, à réguler ses émotions, à demander | Apprendre des outils concrets, découper les difficultés en étapes |
| Autonomie | Sentiment d'avoir prise sur au moins une partie de sa vie | Reprendre des décisions, même petites, sur son quotidien |
| Espoir | Capacité à imaginer un futur possible et des chemins pour y aller | Se fixer des objectifs réalistes, se rappeler les épreuves déjà surmontées |
À ces facteurs s'ajoutent des éléments sur lesquels on agit moins directement : la santé physique, la sécurité matérielle, l'absence de cumul d'événements graves. C'est une raison supplémentaire de ne jamais juger la manière dont une autre personne traverse une épreuve.
Les leviers suivants s'appuient sur les facteurs de protection. Choisissez-en deux ou trois qui vous parlent plutôt que de tout entreprendre à la fois.
Raconter ce qui s'est passé, par écrit ou à une personne de confiance, aide à transformer une expérience chaotique en histoire qui a un début, un milieu et une suite. Exercice : pendant quatre jours, écrivez 15 minutes sur l'épreuve, ce que vous avez ressenti, ce que cela a changé. Si l'écriture ravive une détresse trop forte, arrêtez et parlez-en à un professionnel. Vous trouverez des pistes dans notre article sur le journaling et ses 30 questions d'écriture.
Vous avez déjà traversé des difficultés. Exercice : listez trois épreuves passées et, pour chacune, ce qui vous a aidé (une personne, une habitude, une qualité, une décision). Repérez les ressources qui reviennent : ce sont vos appuis probables d'aujourd'hui.
Après un choc, l'énergie manque et les grands projets découragent. Exercice : chaque soir, notez une action de cinq à quinze minutes pour le lendemain (une démarche administrative, une marche, un appel) et cochez-la une fois faite. Ces petites réussites restaurent le sentiment d'avoir prise sur sa vie.
Le soutien des autres est l'un des facteurs les plus constants. Exercice : dessinez trois cercles concentriques et placez-y les personnes selon leur proximité. Choisissez deux personnes et formulez une demande précise : « Peux-tu m'accompagner à ce rendez-vous ? » plutôt que « J'ai besoin d'aide ». Si l'isolement est installé, notre article sur la solitude et la manière de retrouver du lien propose des étapes progressives.
Sommeil, alimentation régulière, mouvement : ces bases soutiennent la régulation émotionnelle. Exercice : choisissez un seul ancrage corporel pour deux semaines, par exemple 20 minutes de marche quotidienne ou un horaire de coucher fixe. Des techniques de relaxation simples, comme celles décrites dans notre guide de la cohérence cardiaque, peuvent compléter cet ancrage.
Une épreuve bouscule souvent les priorités. Exercice : parmi une liste de valeurs (famille, honnêteté, création, transmission, liberté, solidarité…), retenez-en cinq, puis trois. Pour chacune, notez une action concrète de la semaine qui l'incarne. Le sens ne se décrète pas ; il se reconstruit souvent par des actes.
L'humour ne nie pas la gravité ; il crée une petite distance qui permet de respirer. Exercice : notez chaque jour une situation qui vous a fait sourire, même brièvement, et partagez-la avec un proche. Si cela vous paraît déplacé pour l'instant, laissez ce levier de côté : il reviendra plus tard.
Rendre service, transmettre son expérience, s'engager dans une association redonne un rôle et une utilité. Exercice : repérez une aide modeste que vous pourriez apporter ce mois-ci. Attention toutefois à ne pas vous épuiser à soutenir les autres pour éviter votre propre peine.
Pour éviter l'éparpillement, voici une progression possible. Adaptez le rythme à votre énergie : prendre deux fois plus de temps n'est pas un échec.
| Semaine | Objectif | Leviers mobilisés | Indicateur simple |
|---|---|---|---|
| 1 | Stabiliser le quotidien | Soin du corps, petits objectifs | Nombre de jours avec l'ancrage corporel tenu |
| 2 | Rompre l'isolement | Soutien social, humour | Deux demandes précises formulées |
| 3 | Comprendre et raconter | Récit, ressources passées | Quatre séances d'écriture réalisées |
| 4 | Se réorienter | Valeurs, aider les autres | Une action alignée sur chaque valeur choisie |
Si vous traversez une perte, notre article sur le deuil et les approches douces pour traverser une perte complète ce plan avec des repères propres à cette situation. Un coach de vie peut aussi aider à structurer la phase de réorientation, sans se substituer à un soin psychologique.
Dans les années 1990, les psychologues américains Richard Tedeschi et Lawrence Calhoun ont proposé la notion de croissance post-traumatique : certaines personnes rapportent, après une épreuve majeure, des changements positifs dans plusieurs domaines. Ils en décrivent cinq : des relations aux autres plus profondes, de nouvelles possibilités envisagées, un sentiment de force personnelle, un changement spirituel ou existentiel, et une appréciation renouvelée de la vie.
Cette notion mérite plusieurs nuances :
Les exercices de la psychologie positive, comme le journal de gratitude, sont parfois utilisés dans cette phase. Ils sont plus utiles lorsque la douleur aiguë s'est apaisée ; notre sélection de 12 exercices de psychologie positive en présente plusieurs.
Les travaux d'Emmy Werner comme ceux de Boris Cyrulnik montrent que l'enfant ne se relève pas seul. Le facteur de protection le plus souvent retrouvé est la présence d'au moins un adulte stable et bienveillant, parent, grand-parent, enseignant, éducateur, entraîneur, qui croit en lui.
Un enfant qui reste durablement triste, anxieux, qui ne joue plus, dont le sommeil ou les résultats scolaires se dégradent nettement, doit être vu par un médecin, qui orientera si besoin vers un pédopsychiatre ou un psychologue. Si vous pensez qu'un enfant est en danger, appelez le 119 (Allô Enfance en Danger, gratuit, 24 h/24).
Certaines épreuves, une agression, un accident grave, une catastrophe, une violence répétée, peuvent laisser des traces qui ne s'apaisent pas avec le temps. Les médecins parlent alors parfois de trouble de stress post-traumatique (TSPT). Seul un professionnel de santé peut poser ce diagnostic, mais certains signes doivent alerter lorsqu'ils persistent plus d'un mois :
Dans ce cas, les leviers de bien-être de cet article ne suffisent pas et il faut consulter son médecin, un psychiatre ou un psychologue. Des thérapies ont fait la preuve de leur efficacité dans le TSPT, en particulier la thérapie cognitive et comportementale centrée sur le trauma et l'EMDR (désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires). Elles se pratiquent avec un professionnel formé, pas en autonomie.
Les approches d'accompagnement comme la Gestalt ou le coaching peuvent intervenir en complément, une fois la personne suivie, mais jamais à la place du soin. Méfiez-vous de tout praticien qui promet de « guérir un traumatisme » en quelques séances.
Si vous avez des idées suicidaires ou si un proche vous inquiète, appelez le 3114 (France, gratuit, 24 h/24). En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112.
Vous souhaitez approfondir les ressources qui aident à rebondir, pour vous-même ou pour accompagner d'autres personnes dans un cadre de bien-être ? Notre fiche détaillée présente une formation en psychologie positive en ligne, certifiante, avec son programme et ses limites. Pour compléter vos outils, découvrez aussi la formation de coach de vie, la formation de Gestalt praticien et la formation en communication bienveillante, ou parcourez le catalogue complet.
Voir les 48 formationsC'est la capacité à traverser une épreuve, comme un deuil, une maladie ou un traumatisme, et à reprendre un développement satisfaisant malgré elle. Elle décrit une trajectoire dans la durée, pas l'absence de souffrance.
En France, le psychiatre Boris Cyrulnik l'a largement diffusé à partir de la fin des années 1990, notamment avec Un merveilleux malheur (1999). Les travaux fondateurs incluent ceux de la psychologue américaine Emmy Werner sur des enfants de l'île de Kauai.
Non, ce n'est pas un trait fixe. Elle dépend de facteurs de protection comme les liens, les compétences, le sens et l'espoir, ainsi que du contexte, et elle peut varier d'une épreuve à l'autre.
En mettant l'épreuve en récit, en s'appuyant sur ses ressources passées, en se fixant de petits objectifs, en activant son soutien social, en prenant soin de son corps, en revenant à ses valeurs, en gardant une place pour l'humour et en aidant les autres.
C'est une notion proposée par Richard Tedeschi et Lawrence Calhoun pour décrire les changements positifs que certaines personnes rapportent après une épreuve majeure. Elle coexiste avec la souffrance et n'est ni obligatoire ni un signe de réussite.
Lorsque des souvenirs envahissants, des cauchemars, un évitement ou un état d'alerte persistent plus d'un mois, ou en cas de tristesse durable. La TCC centrée sur le trauma et l'EMDR font partie des thérapies validées ; en cas d'idées suicidaires, appelez le 3114.
Information santé : cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un professionnel de santé. Transparence : certains liens vers des formations sont des liens d'affiliation ; ils n'entraînent aucun surcoût pour vous.
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