Coupeur de feu : qui sont-ils, pourquoi des hôpitaux y font appel et ce que dit la science
Coupeurs de feu : la tradition du secret, leur place tolérée à l'hôpital, ce que montrent les études en radiothérapie et les gestes face à une brûlure.
Un barreur, ou faiseur de secret, récite une formule souvent religieuse pour « arrêter » un zona, une verrue ou un eczéma, une tradition vivante en France, en Suisse romande et en Wallonie. Aucune preuve ne montre d'effet propre : les verrues guérissent souvent seules et l'eczéma fluctue. Le zona, lui, justifie de voir un médecin rapidement.

Cet article fait partie de notre dossier Soins énergétiques, astrologie et numérologie : le guide complet du sujet et tous nos articles associés.
Dans les campagnes francophones, on appelle barreur la personne qui « barre » un mal, c'est-à-dire qui prétend l'arrêter ou l'empêcher de s'étendre. On parle aussi de leveur (de maux), de faiseur ou de faiseuse de secret, ou simplement de « quelqu'un qui a le secret ». Le vocabulaire varie d'une région à l'autre, mais la pratique se ressemble : la personne prononce une formule, souvent à voix basse ou mentalement, parfois en traçant des signes de croix au-dessus de la zone atteinte, parfois à distance, au téléphone ou à partir d'un simple prénom.
Le secret est la formule elle-même. Un mémoire de médecine de l'Université de Lausanne consacré à la médecine traditionnelle en Suisse romande le décrit comme lié à la religion chrétienne, avec des invocations de saints chez les catholiques et de la Trinité chez les protestants. Chaque secret est en général attaché à un mal particulier : on a le secret du zona, des verrues ou du feu, rarement tous à la fois. La transmission obéit à des règles propres à chaque famille ou à chaque village, souvent orales et entourées de discrétion.
Le barreur se distingue du magnétiseur, qui travaille par imposition des mains ou par passes et revendique une énergie, et du rebouteux, qui manipule. Les frontières sont toutefois floues dans la réalité, beaucoup de praticiens cumulant plusieurs approches. Pour le magnétisme proprement dit, nous renvoyons à notre article sur ce que l'on peut attendre d'une séance de magnétiseur ; pour les brûlures et la radiothérapie, à celui sur les coupeurs de feu à l'hôpital. Ici, nous nous concentrons sur trois maux souvent « barrés » : le zona, les verrues et l'eczéma.
| Figure | Moyen revendiqué | Maux souvent associés |
|---|---|---|
| Barreur, faiseur de secret | Formule ou prière, signes de croix, parfois à distance | Zona, verrues, eczéma, brûlures |
| Coupeur de feu | Secret appliqué à la brûlure, souvent par téléphone | Brûlures, coups de soleil, effets cutanés de la radiothérapie |
| Magnétiseur | Imposition des mains, passes, énergie revendiquée | Stress, douleurs, fatigue, sommeil |
| Rebouteux | Manipulations, massages | Entorses, « nerfs froissés », douleurs articulaires |
La tradition des secrets n'a pas disparu avec l'exode rural. Elle s'est transformée : le barreur que l'on allait voir à pied au village se contacte aujourd'hui par téléphone, et les numéros circulent de bouche à oreille, entre collègues, voisins ou soignants.
La pratique reste connue dans de nombreuses régions rurales, où l'on trouve encore des personnes qui « barrent » le zona ou « lèvent » les verrues, souvent gratuitement ou contre un simple remerciement. Faute d'enquête nationale récente et fiable, il est impossible de chiffrer le nombre de barreurs ou de personnes qui y ont recours : méfiez-vous des chiffres qui circulent sans source.
Le mémoire de l'Université de Lausanne cité plus haut (Fanny Villoz, 2016), qui étudie la coexistence entre médecine traditionnelle et médecine de famille, indique que les secrets les plus connus concernent les brûlures et les verrues, et que d'autres affections peuvent correspondre à un secret particulier. Il rapporte aussi, d'après un article de presse de 2015, que l'Hôpital du Valais fait régulièrement appel à des faiseurs de secrets dans certaines conditions. Ce recours toléré tient au fait que la démarche ne remplace aucun soin.
Une enquête ethnographique menée entre 1997 et 2003 dans les provinces de Liège et de Luxembourg, publiée par l'ethnologue Françoise Lempereur (Université de Liège), a interrogé 410 personnes ayant consulté et 40 guérisseurs. Les prières y sont très présentes, et les brûlures et affections de la peau représentent environ la moitié des motifs de consultation ; le zona y est identifié à part, et les verrues font l'objet de dizaines de remèdes. Environ neuf témoins sur dix disaient avoir constaté « un mieux », une notion que l'auteure juge elle-même non mesurable scientifiquement.
Respecter une tradition ne signifie pas lui attribuer un pouvoir thérapeutique. Ces pratiques ont une valeur culturelle, sociale et parfois de réconfort ; elles n'ont pas fait la preuve d'un effet sur les maladies elles-mêmes.
Les récits se ressemblent : une douleur qui s'apaise « dans la soirée », une verrue qui tombe « quelques semaines après », un eczéma qui « s'est calmé ». Ces témoignages sont sincères, mais plusieurs mécanismes bien connus suffisent à les expliquer, sans qu'il faille supposer un pouvoir particulier.
Les mêmes biais expliquent la réputation de nombreux remèdes populaires, comme nous l'expliquons dans notre article sur les remèdes de grand-mère, entre vrai et mythe.
Le zona est une réactivation du virus de la varicelle, resté en sommeil dans les ganglions nerveux après une varicelle souvent ancienne. Il se manifeste par une éruption de vésicules, en général d'un seul côté du corps, en bande, précédée ou accompagnée de douleurs ou de brûlures. C'est précisément le mal pour lequel le secret présente le plus de risques, car le temps compte.
Selon l'Assurance maladie, en cas de zona grave ou étendu, ou chez une personne fragile, le médecin peut prescrire un antiviral par voie orale, à prendre le plus tôt possible et dans les 72 heures suivant le début de l'éruption. Le médecin décide en fonction de l'âge, de l'état immunitaire et de la localisation. Attendre de voir si le secret « prend » peut donc faire perdre cette fenêtre.
Lorsque le zona touche le haut du visage, le front ou l'aile du nez, il peut atteindre l'œil. Le médecin oriente alors vers un ophtalmologiste. Une vision qui baisse, un œil rouge ou douloureux pendant un zona justifient une consultation sans délai.
Chez certaines personnes, la douleur persiste après la cicatrisation des lésions : ce sont les douleurs post-zostériennes, parfois très invalidantes. Les références médicales citent notamment l'âge supérieur à 50 ans, l'intensité de l'éruption et des douleurs initiales parmi les facteurs de risque. L'Assurance maladie déconseille de se soigner seul avec des antalgiques : le médecin dispose de médicaments adaptés aux douleurs d'origine nerveuse.
En mars 2024, la Haute Autorité de santé a actualisé sa stratégie : le vaccin Shingrix est recommandé à tous les adultes de 65 ans et plus, y compris ceux qui ont déjà eu un zona, et aux adultes immunodéprimés à partir de 18 ans. Il s'administre en deux doses espacées de deux mois et est remboursé à 65 % par l'Assurance maladie. Parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.
Les verrues sont des excroissances bénignes de la peau dues à des papillomavirus humains. Elles sont fréquentes chez l'enfant et contagieuses par contact. Leur particularité explique à elle seule une grande partie de la réputation des secrets : selon le Manuel MSD, la plupart des verrues disparaissent spontanément, sans traitement, en un à deux ans. Elles peuvent aussi récidiver, notamment les verrues plantaires.
Le scénario typique est donc le suivant : une verrue persiste depuis des mois, on a essayé plusieurs produits, on finit par appeler un barreur, et la verrue tombe quelques semaines plus tard. La coïncidence est presque inévitable lorsqu'on attend longtemps. Elle n'en reste pas moins une coïncidence tant qu'aucune comparaison avec un groupe sans secret n'a montré de différence.
Dans la plupart des cas, une verrue commune n'est pas dangereuse et l'on peut patienter. Il faut cependant consulter dans plusieurs situations :
Le mot eczéma recouvre plusieurs maladies, dont la plus fréquente est la dermatite atopique. La Société française de dermatologie la décrit comme une maladie chronique, qui dure plusieurs années dans la plupart des cas, avec des poussées (démangeaisons intenses, peau rouge, parfois suintante) entrecoupées de périodes de calme. Elle commence souvent dans la petite enfance et s'améliore fréquemment avec l'âge, mais peut persister ou apparaître à l'âge adulte.
Ce caractère fluctuant crée la même illusion que pour les verrues : on consulte un barreur au plus fort d'une poussée, et la peau se calme ensuite, comme elle l'aurait fait de toute façon. Le risque, ici, n'est pas tant le retard d'un traitement urgent que l'abandon d'un traitement efficace. La Société française de dermatologie rappelle que les dermocorticoïdes sont en général efficaces et sûrs lorsqu'ils sont bien utilisés, et que la crainte de ces crèmes, la corticophobie, conduit souvent à sous-traiter les poussées. Les émollients quotidiens aident à les prévenir.
| Affection | Évolution naturelle | Ce qui justifie le médecin |
|---|---|---|
| Zona | Cicatrisation en quelques semaines, mais risque de douleurs persistantes | Toujours, rapidement : antiviral possible dans les 72 heures, urgence si l'œil est menacé |
| Verrue commune | Disparition spontanée fréquente en un à deux ans, récidives possibles | Doute sur la lésion, localisation sensible, douleur, diabète ou immunodépression |
| Dermatite atopique | Maladie chronique avec poussées et accalmies, amélioration fréquente avec l'âge | Poussées fréquentes, sommeil perturbé, lésions infectées ou suintantes, bébé |
Un eczéma qui suinte, forme des croûtes jaunâtres ou des vésicules douloureuses peut être surinfecté, notamment par le virus de l'herpès : c'est un motif de consultation rapide, surtout chez un enfant.
Le principal danger d'une pratique sans effet propre n'est pas la pratique elle-même, souvent inoffensive, mais la perte de chance qu'elle peut entraîner : un antiviral pris trop tard, un zona ophtalmique non examiné, une lésion cutanée suspecte laissée sans diagnostic, un enfant dont l'eczéma n'est pas traité et qui dort mal pendant des mois. Les barreurs honnêtes le savent d'ailleurs souvent, et certains demandent si l'on a vu un médecin.
La Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) signale régulièrement des dérives dans le domaine de la santé et du bien-être. Elles restent rares dans la tradition des secrets, souvent gratuite, mais certains signaux doivent alerter : promesse de guérison, dénigrement de la médecine, demande d'arrêter un traitement, sommes importantes réclamées, explications culpabilisantes. Le délit d'abus de faiblesse protège les personnes vulnérables contre ces pratiques. Notre article sur les 10 signaux d'alerte des dérives thérapeutiques détaille comment les repérer.
Si faire appel à un barreur fait partie de votre culture familiale ou vous rassure, vous pouvez le faire sans danger en respectant un ordre simple.
Pour qui s'intéresse à ces pratiques en tant que praticien, la règle est la même : accompagner, rassurer, orienter vers le médecin, et ne jamais promettre. C'est l'approche que défendent les formations sérieuses au magnétisme, comme la formation de magnétiseur, qui insiste sur le cadre éthique et légal, ou la formation reiki pour l'imposition des mains dans un cadre de détente.
Pour découvrir les gestes du magnétisme avec un regard éthique, la formation de magnétiseur en ligne présente le programme, les limites et le cadre légal de la pratique. Pour élargir vos connaissances, la formation LaHoChi aborde une autre pratique d'imposition des mains, et la formation en relaxologie donne des outils de détente concrets. Retrouvez toutes les fiches dans notre catalogue de 48 formations.
Voir les 48 formationsCes ressources d'organismes publics et scientifiques permettent de vérifier et d'approfondir les informations générales de cette page. Elles ne cautionnent ni Savoirs Naturels ni les formations présentées. Notre charte éditoriale détaille notre méthode.
C'est une personne qui affirme arrêter le zona en prononçant une formule secrète, souvent une prière, parfois avec des signes de croix ou à distance par téléphone. Cette pratique traditionnelle n'a pas fait la preuve d'un effet sur la maladie.
Oui, et rapidement. Selon l'Assurance maladie, l'antiviral éventuel doit être pris dans les 72 heures suivant le début de l'éruption, et un zona du haut du visage peut menacer l'œil et nécessite un avis ophtalmologique.
La plupart des verrues disparaissent spontanément en un à deux ans. Lorsqu'on consulte un barreur après des mois d'attente, la guérison qui suit lui est attribuée, alors qu'elle se serait souvent produite de toute façon.
Aucune preuve ne le montre. La dermatite atopique est une maladie chronique qui évolue par poussées et accalmies ; le principal risque est d'abandonner les émollients et les dermocorticoïdes, efficaces et sûrs lorsqu'ils sont bien utilisés.
Oui. Depuis 2024, la HAS recommande le vaccin Shingrix à tous les adultes de 65 ans et plus et aux adultes immunodéprimés dès 18 ans, en deux doses espacées de deux mois. Il est remboursé à 65 %.
Oui, à condition de consulter d'abord le médecin, de suivre le traitement prescrit, de ne rien appliquer sur la peau sans avis et de refuser toute demande d'argent disproportionnée ou d'arrêt de traitement.
Information santé : cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un professionnel de santé. Transparence : certains liens vers des formations sont des liens d'affiliation ; ils n'entraînent aucun surcoût pour vous.
Coupeurs de feu : la tradition du secret, leur place tolérée à l'hôpital, ce que montrent les études en radiothérapie et les gestes face à une brûlure.
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