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Gestalt-thérapie : principes, séance et pour qui

La Gestalt-thérapie est une approche humaniste centrée sur l'ici et maintenant, la conscience de soi et la relation. Fondée par Fritz et Laura Perls et Paul Goodman, elle s'appuie sur le dialogue et des expérimentations. Voici ses principes, le déroulement d'une séance et ce qu'il faut savoir sur les titres.

Gestalt-thérapie : principes, séance et pour qui — illustration Savoirs Naturels

L'essentiel à retenir

  • La Gestalt-thérapie est une approche humaniste qui s'intéresse à ce que vous vivez ici et maintenant, à votre manière d'entrer en relation et à votre conscience de vous-même (l'awareness).
  • Elle a été fondée par Fritz Perls, Laura Perls et Paul Goodman, avec Ralph Hefferline, dont l'ouvrage fondateur Gestalt Therapy paraît à New York en 1951.
  • Une séance repose sur le dialogue, l'attention aux sensations et aux émotions, et parfois des expérimentations comme la chaise vide.
  • En France, le titre de psychothérapeute est protégé : seul un professionnel inscrit au registre peut le porter. Un gestalt-praticien accompagne dans un cadre de développement personnel et ne remplace pas un suivi médical.

Qu'est-ce que la Gestalt-thérapie ?

La Gestalt-thérapie est une approche d'accompagnement psychologique qui appartient au courant de la psychologie humaniste, aux côtés de l'approche centrée sur la personne de Carl Rogers. Le mot allemand Gestalt signifie « forme », « configuration » ou « tout structuré ». Il renvoie à une idée simple : nous ne percevons pas le monde comme une addition de détails, mais comme des ensembles qui ont un sens, une figure qui se détache sur un fond.

Appliquée à l'accompagnement, cette idée devient une façon de regarder la personne dans sa globalité : ses pensées, ses émotions, ses sensations corporelles, ses gestes et son environnement forment un tout. Plutôt que de chercher longuement les causes d'une difficulté dans le passé, la Gestalt s'intéresse à comment elle se manifeste aujourd'hui, dans la vie de la personne et dans la relation même avec le thérapeute. Le passé n'est pas ignoré, mais il est abordé tel qu'il est présent maintenant : un souvenir qui serre la gorge, une colère ancienne qui revient dans une situation actuelle.

On la résume souvent en trois mots : présent, conscience, responsabilité. Il s'agit de prendre conscience de ce que l'on ressent et de ce que l'on fait, pour retrouver une liberté de choix dans sa façon de répondre aux situations.

Origines : les Perls, Goodman et l'ouvrage de 1951

La Gestalt-thérapie naît de la rencontre de plusieurs parcours. Fritz Perls (1893-1970), médecin et psychiatre allemand formé à la psychanalyse, et son épouse Laura Perls (1905-1990), psychologue nourrie de phénoménologie et de psychologie de la forme, quittent l'Allemagne nazie au début des années 1930. Après plusieurs années en Afrique du Sud, ils s'installent aux États-Unis.

À New York, ils travaillent avec l'écrivain et intellectuel Paul Goodman. En 1951 paraît Gestalt Therapy: Excitement and Growth in the Human Personality, signé par Fritz Perls, Ralph Hefferline et Paul Goodman. L'ouvrage pose les bases théoriques de l'approche, notamment la notion de frontière-contact et le rôle de l'ajustement créateur. Les Perls fondent ensuite un institut de Gestalt-thérapie à New York.

Dans les années 1960, Fritz Perls anime des ateliers à l'Institut Esalen, en Californie, haut lieu du mouvement du potentiel humain, ce qui contribue à la célébrité de l'approche. La Gestalt arrive en Europe et en France dans les années 1970, où des instituts de formation se développent. Elle a depuis évolué : les courants contemporains insistent davantage sur la relation, le dialogue et le champ, moins sur la confrontation spectaculaire qui caractérisait certains ateliers de Fritz Perls.

Les influences de la Gestalt-thérapie
InfluenceCe que la Gestalt en a retenu
PsychanalyseL'importance de la vie émotionnelle, des résistances et de la relation thérapeutique, mais avec une approche plus active et centrée sur le présent
Psychologie de la formeLa notion de figure et de fond, et la tendance à compléter les formes inachevées
PhénoménologieLa description de l'expérience vécue telle qu'elle apparaît, sans interprétation prématurée
ExistentialismeLa responsabilité, la liberté de choix, la rencontre authentique
Approche holistique de l'organismeL'unité du corps et de l'esprit, l'autorégulation
Pensées orientales et théâtreL'attention au présent, l'expérimentation et la mise en jeu

Les principes clés

L'ici et maintenant

Le travail porte sur ce qui se passe au moment de la séance. Si vous racontez une dispute de la veille, le praticien peut vous demander ce que vous ressentez en la racontant, maintenant, dans votre corps. Le récit devient une expérience présente, plus riche qu'une simple analyse.

L'awareness, ou conscience de soi

L'awareness désigne une conscience attentive et globale : percevoir ses sensations, ses émotions, ses pensées et ses gestes au moment où ils se produisent. Beaucoup de difficultés s'entretiennent parce que nous fonctionnons en pilote automatique. Remarquer que l'on serre les poings, que l'on retient son souffle ou que l'on sourit en parlant d'une chose triste ouvre une piste de travail.

Le contact et la frontière-contact

Pour la Gestalt, la vie psychique se joue à la frontière-contact, c'est-à-dire là où la personne rencontre son environnement : les autres, les situations, ses besoins. Un contact de qualité permet de satisfaire ses besoins tout en respectant ceux des autres.

L'ajustement créateur

Chacun s'adapte à son environnement avec les moyens dont il dispose. Ces adaptations ont souvent été utiles à une époque, par exemple se taire pour éviter les conflits dans une famille tendue. Devenues rigides, elles peuvent gêner à l'âge adulte. L'objectif est de retrouver de la souplesse pour inventer de nouvelles réponses.

Les situations inachevées

Ce sont des expériences qui n'ont pas trouvé leur conclusion : un adieu jamais dit, une colère jamais exprimée, un deuil non traversé. Elles tendent à revenir sous forme de répétitions ou de tensions. Le travail gestaltiste peut permettre de les « boucler » symboliquement. Notre article sur le deuil et les approches douces évoque d'ailleurs ce besoin de clore une relation.

La responsabilité

Être responsable, en Gestalt, ne signifie pas être coupable. C'est reconnaître sa part dans ce que l'on vit et sa capacité à répondre autrement. On encourage par exemple à dire « je » plutôt que « on », ou « je ne veux pas » plutôt que « je ne peux pas » lorsque c'est plus juste.

Le cycle du contact

La Gestalt décrit la satisfaction d'un besoin comme un cycle. Il en existe plusieurs modélisations ; voici une version simplifiée, utile pour comprendre où l'on se bloque.

  1. Sensation : quelque chose émerge, une gêne, une fatigue, une envie confuse.
  2. Prise de conscience : la sensation devient une figure claire, par exemple « j'ai besoin de soutien ».
  3. Mobilisation : l'énergie se rassemble pour agir.
  4. Action : on fait quelque chose, demander de l'aide, appeler un ami.
  5. Contact : la rencontre a lieu, le besoin est nourri.
  6. Satisfaction et retrait : la figure s'efface, on se repose, et un nouveau besoin pourra émerger.

Les gestaltistes décrivent aussi des mécanismes d'interruption du contact, qui ne sont pas des pathologies mais des façons habituelles de se protéger : la confluence (ne plus distinguer ses besoins de ceux des autres), l'introjection (avaler des règles sans les questionner, les fameux « il faut »), la projection (attribuer à l'autre ce que l'on ressent), la rétroflexion (retourner contre soi une énergie destinée à l'extérieur, comme la colère que l'on garde pour soi) ou l'égotisme (tout contrôler sans se laisser toucher). Repérer le sien est souvent éclairant. Si la colère retenue vous parle, notre guide pour gérer sa colère propose des pistes concrètes.

Comment se déroule une séance ?

Il n'existe pas de protocole unique, mais une séance individuelle suit souvent la même trame. Elle dure généralement 45 minutes à une heure, face à face, à un rythme hebdomadaire ou bimensuel. Le praticien est actif, présent, il peut partager ce qu'il ressent, tout en restant au service du travail de la personne.

  1. L'accueil : vous partez de ce qui est là, une situation, une émotion, une question. Le praticien vous invite à préciser ce que vous ressentez.
  2. L'exploration : il attire votre attention sur votre corps, votre voix, vos mots. « Vous dites que tout va bien et votre pied bat la mesure : que se passe-t-il ? »
  3. L'expérimentation : il peut proposer une petite expérience pour mettre en mouvement ce qui est en jeu. Vous êtes toujours libre de refuser.
  4. L'intégration : en fin de séance, vous prenez un temps pour nommer ce que vous retenez et ce qui a changé.

Quelques expérimentations classiques

Exemples d'expérimentations en Gestalt
ExpérimentationPrincipeExemple
Chaise videS'adresser à une personne ou à une partie de soi imaginée sur une chaise en faceDire à un parent disparu ce qui n'a jamais été dit
Dialogue entre deux parties de soiFaire parler alternativement deux voix intérieures en conflitLa partie qui veut changer de métier et celle qui a peur
AmplificationExagérer un geste ou une phrase pour en découvrir le sensSerrer davantage le poing et chercher les mots qui vont avec
Mise en mots du corpsPrêter une voix à une sensation« Si cette boule dans la gorge pouvait parler, que dirait-elle ? »
Travail sur les rêvesJouer chaque élément du rêve comme une partie de soiParler à la première personne en étant la maison du rêve

La Gestalt se pratique aussi en groupe, où les interactions entre participants deviennent matière à travail, ainsi qu'en couple ou en famille. Certains praticiens l'associent à des médiations créatives (dessin, mouvement, modelage), proches de l'art-thérapie.

Exemple : Claire, 38 ans, consulte parce qu'elle « dit oui à tout » au travail. En séance, la praticienne remarque qu'elle s'excuse chaque fois qu'elle prend la parole. Elles explorent cette sensation, puis Claire expérimente le fait de dire « non » à voix haute, en observant ce qui se passe dans son corps. Elle découvre une peur ancienne de décevoir, qu'elle peut ensuite regarder avec plus de recul.

Pour qui et pour quelles demandes ?

La Gestalt s'adresse aux adultes, et parfois aux adolescents avec des praticiens formés à ce public. Dans un cadre de bien-être et de développement personnel, les demandes les plus fréquentes sont les suivantes :

  • Mieux se connaître, comprendre ses réactions répétitives.
  • Développer son intelligence émotionnelle : identifier, accueillir et exprimer ses émotions.
  • Améliorer ses relations, oser s'affirmer, poser ses limites.
  • Traverser une transition de vie : rupture, deuil, changement professionnel, départ des enfants.
  • Retrouver de la vitalité, du sens, de la créativité.

En revanche, la Gestalt pratiquée par un gestalt-praticien n'est pas adaptée, seule, aux troubles psychiatriques : dépression caractérisée, trouble bipolaire, troubles psychotiques, troubles alimentaires sévères, addictions, stress post-traumatique. Ces situations relèvent d'un médecin, d'un psychiatre ou d'un psychologue, éventuellement d'un psychothérapeute formé à la Gestalt qui travaille en lien avec eux. En cas d'idées suicidaires, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, joignable 24 h/24 en France ; en cas d'urgence, le 15 ou le 112.

Gestalt-thérapeute, psychothérapeute, gestalt-praticien : qui est qui ?

C'est un point essentiel pour bien choisir. En France, l'article 52 de la loi n° 2004-806 du 9 août 2004, complété par le décret n° 2010-534 du 20 mai 2010, réserve l'usage du titre de psychothérapeute aux professionnels inscrits sur un registre national. Pour y figurer, il faut notamment être médecin ou titulaire d'un master en psychologie ou en psychanalyse, et avoir validé une formation en psychopathologie clinique comprenant un stage. Les psychiatres y ont accès de droit.

Conséquence : une personne formée à la Gestalt dans une école privée, sans remplir ces conditions, ne peut pas se dire psychothérapeute. Le terme « Gestalt-thérapeute » lui-même entretient une ambiguïté ; c'est pourquoi beaucoup d'écoles et de professionnels utilisent désormais le terme de gestalt-praticien, qui désigne un accompagnement de développement personnel et de bien-être.

Les différents professionnels qui peuvent utiliser la Gestalt
ProfessionnelStatutCe qu'il peut faire
Psychiatre formé à la GestaltMédecin, profession réglementéeDiagnostiquer, prescrire, pratiquer la psychothérapie
Psychologue formé à la GestaltTitre protégé, master en psychologieÉvaluer, accompagner, pratiquer la psychothérapie ; pas de prescription
Psychothérapeute inscrit au registre, formé à la GestaltTitre protégé depuis la loi de 2004Pratiquer la psychothérapie
Gestalt-praticienActivité non réglementéeAccompagnement de développement personnel et de bien-être, sans diagnostic ni traitement

Pour une vue d'ensemble des différents métiers de l'accompagnement psychique, consultez notre guide psychologue, psychiatre, psychothérapeute, psychopraticien : qui consulter ?

Ce que dit la recherche et les limites

La Gestalt-thérapie est moins étudiée que les thérapies cognitives et comportementales. Il existe des travaux de recherche, notamment sur les approches humanistes et expérientielles dans leur ensemble, qui suggèrent un intérêt pour certaines difficultés émotionnelles, mais le niveau de preuve reste plus limité que pour d'autres approches, en partie parce que la Gestalt se prête mal aux protocoles standardisés. La qualité de la relation thérapeutique, dont on sait qu'elle compte dans toute psychothérapie, est au cœur de la méthode.

Quelques limites et précautions à connaître :

  • Les expérimentations peuvent réveiller des émotions intenses. Un praticien sérieux dose le travail et veille à la sécurité émotionnelle.
  • L'approche demande une certaine disponibilité à explorer ses ressentis ; certaines personnes préfèrent un cadre plus structuré.
  • Le style confrontant de certaines pratiques historiques n'est pas une référence : la Gestalt contemporaine est respectueuse du rythme de chacun.
  • Un gestalt-praticien ne pose pas de diagnostic, ne modifie jamais un traitement et oriente vers un médecin si nécessaire.

Bien choisir son praticien

Quelques questions simples permettent de vérifier le sérieux d'un professionnel lors du premier contact :

  • Quelle est sa formation, et combien de temps a-t-elle duré ? A-t-il suivi lui-même un travail personnel ?
  • Est-il supervisé régulièrement par un pair expérimenté ?
  • Quel titre utilise-t-il ? S'il se dit psychothérapeute, est-il inscrit au registre ?
  • Adhère-t-il à un code de déontologie ? Présente-t-il clairement ses tarifs et la durée envisagée ?
  • Vous sentez-vous respecté, libre de refuser une expérimentation et d'arrêter quand vous le souhaitez ?

Méfiez-vous des promesses de guérison, des demandes d'engagement financier important dès le départ ou d'une pression pour vous couper de vos proches : notre article sur les dérives thérapeutiques et leurs signaux d'alerte détaille ces points. Les tarifs d'une séance individuelle varient selon la ville et l'expérience ; elle n'est pas remboursée par l'Assurance maladie lorsqu'elle est pratiquée par un gestalt-praticien, mais certaines mutuelles proposent des forfaits.

Si vous envisagez de vous former, sachez que la Gestalt se combine bien avec d'autres outils relationnels, comme ceux enseignés dans la formation en communication bienveillante, ou avec les médiations créatives de la formation en art-thérapie.

Aller plus loin : devenir gestalt-praticien

Vous souhaitez approfondir l'approche gestaltiste pour vous-même ou pour accompagner d'autres personnes dans un cadre de bien-être ? Notre fiche détaillée présente une formation de gestalt-praticien en ligne, certifiante, avec son programme et ses limites. Pour compléter votre boîte à outils, découvrez aussi la formation en psychothérapie (qui ne confère pas le titre protégé de psychothérapeute), la formation en art-thérapie et la formation en communication bienveillante.

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Questions fréquentes

Qui a fondé la Gestalt-thérapie ?

Fritz Perls, Laura Perls et Paul Goodman en sont les fondateurs. L'ouvrage de référence, Gestalt Therapy, coécrit par Fritz Perls, Ralph Hefferline et Paul Goodman, est paru à New York en 1951.

Que signifie Gestalt ?

Gestalt est un mot allemand qui signifie forme ou configuration. Il renvoie à l'idée que l'on perçoit des ensembles qui ont un sens, une figure qui se détache sur un fond.

Comment se passe une séance de Gestalt ?

Elle dure généralement 45 minutes à une heure. On part de ce qui est présent, on explore ses ressentis corporels et émotionnels, et le praticien peut proposer une expérimentation comme la chaise vide, que l'on reste libre de refuser.

Quelle différence entre Gestalt-thérapeute et gestalt-praticien ?

Le titre de psychothérapeute est protégé en France depuis la loi de 2004 et le décret de 2010. Un professionnel formé à la Gestalt sans remplir ces conditions exerce comme gestalt-praticien, dans un cadre de développement personnel et de bien-être.

La Gestalt-thérapie est-elle remboursée ?

Les séances chez un gestalt-praticien ne sont pas remboursées par l'Assurance maladie ; certaines mutuelles proposent un forfait. Pratiquée par un psychiatre, la consultation relève du remboursement médical habituel.

La Gestalt convient-elle en cas de dépression ?

Une dépression relève d'abord d'un médecin, d'un psychiatre ou d'un psychologue. Un gestalt-praticien ne traite pas les troubles psychiques et doit orienter vers un professionnel de santé.

Information santé : cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un professionnel de santé. Transparence : certains liens vers des formations sont des liens d'affiliation ; ils n'entraînent aucun surcoût pour vous.

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