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Ikigai : trouver ce qui donne du sens à sa vie

Ikigai est un mot japonais courant qui désigne ce qui fait qu'une vie vaut la peine d'être vécue, du grand projet au petit plaisir quotidien. Le célèbre diagramme aux quatre cercles est une construction occidentale popularisée vers 2014, centrée sur le travail. Voici comment utiliser les deux approches pour réfléchir à ce qui vous donne du sens.

Ikigai : trouver ce qui donne du sens à sa vie — illustration Savoirs Naturels

L'essentiel à retenir

  • Ikigai est un mot japonais courant qui désigne ce qui fait qu'une vie vaut la peine d'être vécue : une passion, une relation, un rôle, ou même un petit plaisir quotidien.
  • Le célèbre diagramme aux 4 cercles (ce que vous aimez, ce en quoi vous êtes doué, ce dont le monde a besoin, ce pour quoi vous pouvez être payé) est une construction occidentale récente, popularisée vers 2014, et non une tradition japonaise.
  • Au Japon, l'ikigai n'est pas forcément lié au travail ni à l'argent ; la psychiatre Mieko Kamiya lui a consacré un ouvrage de référence en 1966.
  • Les livres de Héctor García et Francesc Miralles (2016) et du neuroscientifique Ken Mogi (2017) ont diffusé le concept en Occident ; les deux lectures, japonaise et occidentale, peuvent servir d'outils de réflexion.

Que signifie ikigai ?

Le mot japonais ikigai (生き甲斐) associe iki, lié au verbe vivre, et gai (forme de kai), qui évoque la valeur, l'effet ou ce qui en vaut la peine. On peut le traduire par « raison d'être », « joie de vivre » ou « ce pour quoi on se lève le matin ». C'est un terme de la langue courante, que l'on utilise au Japon pour parler de choses très diverses : ses enfants, son jardin, son métier, une pratique artistique, un club de sport, voire le plaisir de partager un thé avec ses voisins.

L'ikigai n'est donc pas un grand but unique et définitif. Une personne peut avoir plusieurs ikigai, qui évoluent au fil de la vie. Il peut s'agir d'une passion intense ou d'un petit rituel. Ce qui compte, c'est le sentiment que sa vie a de la valeur et de la saveur, grâce à cette chose ou à ces personnes.

Cette approche diffère de la manière dont le mot est souvent présenté en Occident, où il est devenu synonyme de « trouver sa vocation » ou de « métier idéal ». Les deux lectures ont leur intérêt, mais il est utile de savoir d'où vient chacune.

L'ikigai au Japon : une notion du quotidien

La psychiatre japonaise Mieko Kamiya a publié en 1966 un livre intitulé Ikigai ni tsuite (« À propos de l'ikigai »), nourri par son travail auprès de personnes atteintes de la lèpre, isolées dans un sanatorium. Elle s'y interroge sur ce qui permet de trouver un sens à sa vie, même dans des conditions très difficiles. Cet ouvrage est considéré comme une référence importante sur le sujet au Japon.

Dans la culture japonaise, l'ikigai est souvent associé à des notions voisines qui éclairent son esprit.

Notions japonaises souvent associées à l'ikigai
NotionSens approximatifLien avec l'ikigai
KodawariExigence personnelle, souci du détail dans ce que l'on faitTrouver de la satisfaction dans le travail bien fait, même modeste
Wabi-sabiBeauté de l'imparfait, de l'impermanent et du simpleAccepter que la vie ne soit pas parfaite pour l'apprécier
MoaiÀ Okinawa, groupe d'entraide entre amis, souvent pour la vieLe lien social comme source de sens
Ichigo ichie« Une fois, une rencontre » : chaque moment est uniqueSavourer l'instant présent

L'ikigai est fréquemment associé à Okinawa, archipel du sud du Japon connu pour la longévité d'une partie de sa population, notamment depuis les travaux sur les « zones bleues » popularisés par le journaliste américain Dan Buettner. Le livre de García et Miralles s'appuie d'ailleurs sur des entretiens réalisés dans le village d'Ogimi. Il faut toutefois rester prudent : la longévité dépend de nombreux facteurs (alimentation, activité physique, liens sociaux, génétique, conditions de vie) et il est impossible d'en attribuer une part précise à l'ikigai.

Le diagramme aux 4 cercles : d'où vient-il ?

Vous avez sans doute vu ce schéma : quatre cercles qui se chevauchent, intitulés « ce que vous aimez », « ce en quoi vous êtes doué », « ce dont le monde a besoin » et « ce pour quoi vous pouvez être payé ». Leurs intersections deux à deux donnent la passion, la mission, la vocation et la profession, et le centre serait votre ikigai.

Ce diagramme n'est pas d'origine japonaise. Il a été diffusé largement à partir de 2014, notamment grâce à un article de blog de l'entrepreneur britannique Marc Winn, qui a ajouté le mot « ikigai » au centre d'un diagramme sur le sens de la vie créé auparavant par l'astrologue espagnol Andrés Zuzunaga. Le schéma a ensuite été repris dans d'innombrables présentations et ouvrages de développement personnel.

Ikigai japonais et diagramme occidental : les différences
CritèreIkigai au sens japonaisDiagramme occidental
OrigineMot courant de la langue japonaiseSchéma popularisé vers 2014
Place du travailFacultativeCentrale
Place de l'argentAucune nécessitéUn des quatre critères
ÉchellePetites et grandes chosesGrand projet de vie
NombrePlusieurs ikigai possiblesUn point central unique
Usage utileRemarquer et cultiver ce qui donne de la saveur à la vieRéfléchir à une orientation ou une reconversion professionnelle

Le diagramme n'est pas pour autant inutile. Il constitue un bon outil de réflexion pour une reconversion professionnelle ou un projet d'entreprise. Simplement, il est plus juste de l'appeler « diagramme de la vocation » ou « diagramme dit de l'ikigai », et de ne pas croire qu'il résume une sagesse japonaise ancestrale.

Les 5 piliers de Ken Mogi

Le neuroscientifique japonais Ken Mogi, dans son livre The Little Book of Ikigai publié en 2017, propose une lecture plus proche de la conception japonaise. Il décrit cinq piliers, qui ne sont pas des étapes mais des attitudes à cultiver.

  1. Commencer petit : s'attacher aux détails, faire une chose simple avec soin plutôt que viser d'emblée un grand projet.
  2. Se libérer de soi : relâcher l'obsession de l'image et de l'ego pour s'absorber dans ce que l'on fait.
  3. Harmonie et durabilité : tenir compte des autres et de l'environnement, s'inscrire dans la durée.
  4. La joie des petites choses : savourer les plaisirs simples du quotidien, comme le premier café ou une conversation.
  5. Être dans l'ici et maintenant : porter attention au moment présent, une idée proche de la pleine conscience.

Ces piliers rejoignent plusieurs pistes de la psychologie positive, comme la gratitude, l'engagement dans l'activité et l'attention au présent. Notre article sur les 12 exercices de psychologie positive en propose des applications concrètes, et une formation en psychologie positive permet d'approfondir les fondements de ces exercices.

Exercice : explorer votre ikigai en 5 temps

Cet exercice combine les deux lectures : la japonaise, pour repérer ce qui donne déjà du sens à votre quotidien, et l'occidentale, pour réfléchir à une orientation. Prévoyez une heure, un carnet et, idéalement, une deuxième séance quelques jours plus tard.

  1. L'inventaire des petites joies (10 minutes) : listez 15 moments, activités ou personnes qui vous ont apporté de la satisfaction au cours du mois écoulé, même minimes. Entourez ceux qui reviennent souvent.
  2. Les moments d'absorption (10 minutes) : quand avez-vous perdu la notion du temps, concentré et satisfait ? Que faisiez-vous, avec qui, dans quel cadre ?
  3. Les quatre questions (20 minutes) : sur une page divisée en quatre, notez librement ce que vous aimez, ce en quoi vous êtes doué (demandez aussi à deux proches), ce dont votre entourage ou la société a besoin selon vous, et ce pour quoi l'on vous paie ou pourrait vous payer.
  4. Les croisements (10 minutes) : surlignez les éléments qui apparaissent dans au moins deux colonnes. Ce sont des pistes, pas des réponses définitives.
  5. Une expérimentation (10 minutes) : choisissez une piste et définissez un petit test pour le mois à venir : une journée de bénévolat, un atelier, une conversation avec quelqu'un qui exerce le métier qui vous attire.

L'ikigai ne se trouve pas en une après-midi devant une feuille. Il se découvre en agissant, en essayant, en observant ce qui vous nourrit. L'exercice sert à orienter vos expérimentations.

Cet exercice s'articule bien avec un travail sur vos valeurs personnelles : les valeurs indiquent la direction, l'ikigai les activités et les liens qui l'incarnent. Pour approfondir chaque question par écrit, notre sélection de 30 questions de journaling peut vous servir.

Trois exemples concrets

Ces portraits fictifs montrent la diversité des réponses possibles.

Trois façons de vivre son ikigai
PersonneSituationCe qui donne du sensAction engagée
Nadia, 34 ansComptable, sentiment de routineExpliquer, transmettre, rendre les choses clairesAnime des ateliers budget dans une association, envisage la formation d'adultes
Jean, 67 ansRetraité depuis deux ans, perte de repèresSon potager et le lien avec ses petits-enfantsCrée un jardin partagé dans son quartier et y accueille une école
Sofia, 26 ansÉtudiante, hésite sur son orientationLa musique, mais elle ne veut pas en vivreChoisit un métier stable et garde la musique comme ikigai personnel

Le cas de Sofia illustre une idée importante : votre ikigai n'a pas besoin d'être rentable. Faire d'une passion un métier peut même l'abîmer, sous la pression financière. Celui de Jean rappelle que les transitions de vie, comme la retraite, sont des moments où l'ikigai mérite d'être réinventé ; notre article sur le bien-vieillir après 60 ans aborde aussi ces questions.

Ce que l'on sait des liens avec la santé

Des enquêtes menées au Japon ont étudié le lien entre le fait de déclarer avoir un ikigai et différents indicateurs de santé ou de longévité. Plus largement, la recherche en psychologie s'intéresse au sens de la vie et au sentiment d'avoir un but, qui sont souvent associés à un meilleur bien-être.

Il faut toutefois rester prudent dans l'interprétation. Ces travaux sont pour la plupart des études d'observation : elles montrent une association, pas une relation de cause à effet. Les personnes en bonne santé ont peut-être plus de facilité à cultiver un ikigai, et inversement. Les mesures reposent aussi sur des questionnaires, qui varient d'une étude à l'autre. Il est donc raisonnable de dire que se sentir porté par quelque chose fait partie d'une vie épanouie, mais pas que trouver son ikigai protège de la maladie ou fait vivre plus longtemps.

Les pièges et les limites

  • La pression du sens : chercher à tout prix « l'ikigai parfait » peut devenir une nouvelle source de stress et de culpabilité. Personne n'a une vie entièrement alignée.
  • Le biais du privilège : tout le monde n'a pas la possibilité de choisir son travail. L'ikigai au sens japonais rappelle que le sens peut se trouver hors du travail.
  • La réponse unique : le centre du diagramme laisse croire qu'il existe une seule bonne réponse ; en réalité, plusieurs combinaisons sont possibles et évoluent.
  • Le marketing : méfiez-vous des promesses de « trouver votre ikigai en trois jours » vendues à prix d'or.
  • La confusion avec un mal-être : une perte de sens durable, une absence de plaisir dans presque tout ou une fatigue profonde peuvent signaler une dépression. Parlez-en à votre médecin ou à un psychologue ; en cas d'idées suicidaires, appelez le 3114, 24 h/24 en France.

Utilisé avec souplesse, l'ikigai reste une invitation précieuse : remarquer ce qui vous fait du bien, l'entretenir, et oser explorer de nouvelles pistes. Pour être accompagné dans une réflexion d'orientation, un coach de vie formé peut vous aider à passer de la réflexion à l'action.

Aller plus loin : accompagner la quête de sens

Vous souhaitez approfondir ces questions pour vous-même ou aider d'autres personnes à donner une direction à leur vie ? Notre fiche détaillée présente une formation de coach de vie en ligne, certifiante, avec ses outils de clarification et ses limites. Pour compléter, découvrez aussi la formation en psychologie positive, la formation en coaching et la formation en méditation, ou explorez l'ensemble du catalogue.

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Questions fréquentes

Que veut dire ikigai ?

Ikigai est un mot japonais qui associe l'idée de vivre et celle de valeur. Il désigne ce qui donne envie de se lever le matin et fait que la vie vaut la peine d'être vécue.

Le diagramme de l'ikigai est-il japonais ?

Non. Le diagramme aux quatre cercles a été popularisé vers 2014, notamment par un article de blog de Marc Winn qui a ajouté le mot ikigai à un diagramme sur le sens de la vie d'Andrés Zuzunaga. Au Japon, l'ikigai n'est pas forcément lié au travail ni à l'argent.

Quels sont les 5 piliers de l'ikigai selon Ken Mogi ?

Dans The Little Book of Ikigai (2017), Ken Mogi décrit cinq piliers : commencer petit, se libérer de soi, harmonie et durabilité, la joie des petites choses, et être dans l'ici et maintenant.

Peut-on avoir plusieurs ikigai ?

Oui. Au sens japonais, une personne peut avoir plusieurs ikigai, comme ses enfants, son jardin ou une pratique artistique, et ils évoluent au fil de la vie.

L'ikigai fait-il vivre plus longtemps ?

On ne peut pas l'affirmer. Des enquêtes japonaises ont observé des associations entre ikigai et santé, mais ce sont des études d'observation qui ne prouvent pas de lien de cause à effet.

Comment trouver son ikigai ?

Commencez par lister les petites joies et les moments d'absorption de votre quotidien, puis répondez aux quatre questions du diagramme et testez une piste concrète pendant un mois. L'ikigai se découvre surtout en expérimentant.

Information santé : cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un professionnel de santé. Transparence : certains liens vers des formations sont des liens d'affiliation ; ils n'entraînent aucun surcoût pour vous.

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