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Homéopathie : principes, déremboursement et état des connaissances

L'homéopathie, fondée par Samuel Hahnemann à la fin du XVIIIe siècle, repose sur le principe de similitude et sur des dilutions successives exprimées en CH. Jugée d'efficacité insuffisante par la Haute Autorité de santé en 2019, elle n'est plus remboursée en France depuis le 1er janvier 2021. Voici ses principes, l'histoire du déremboursement et ce que dit la science.

Homéopathie : principes, déremboursement et état des connaissances — illustration Savoirs Naturels

L'essentiel à retenir

  • L'homéopathie a été fondée à la fin du XVIIIe siècle par le médecin allemand Samuel Hahnemann. Elle repose sur le principe de similitude (soigner le mal par ce qui le provoque) et sur des dilutions successives, exprimées en CH.
  • En juin 2019, la Haute Autorité de santé a rendu un avis défavorable au maintien du remboursement, estimant l'efficacité des médicaments homéopathiques insuffisante.
  • Le taux de remboursement est passé à 15 % au 1er janvier 2020, puis le déremboursement total est intervenu le 1er janvier 2021. Les médicaments restent autorisés et vendus en pharmacie.
  • En 2015, le NHMRC australien avait conclu qu'aucune affection n'était soutenue par des preuves fiables d'efficacité. L'homéopathie ne doit jamais remplacer un traitement dont l'efficacité est démontrée.

Qu'est-ce que l'homéopathie ?

L'homéopathie est une méthode thérapeutique qui consiste à administrer, à très faibles doses, des substances qui provoqueraient, à doses plus fortes chez une personne en bonne santé, des symptômes semblables à ceux que l'on cherche à soulager. Son nom vient du grec homoios (semblable) et pathos (souffrance).

En France, les médicaments homéopathiques ont un statut de médicament : ils sont fabriqués par des laboratoires pharmaceutiques, vendus en pharmacie et soumis à un enregistrement auprès de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Ce statut garantit leur qualité de fabrication, mais l'enregistrement simplifié dont bénéficient la plupart d'entre eux ne repose pas sur une démonstration d'efficacité clinique. Ils se présentent le plus souvent sous forme de granules ou de globules à laisser fondre sous la langue.

L'homéopathie est très populaire en France, en Allemagne, en Inde ou en Suisse. Elle est pratiquée notamment par des médecins, des sages-femmes, des pharmaciens dans le conseil, ou encore des vétérinaires. Pour la situer parmi les autres pratiques, voyez notre article médecines douces : définition et liste.

Samuel Hahnemann et la naissance de la méthode

Samuel Hahnemann (1755-1843) est un médecin et chimiste allemand. Déçu par la médecine de son temps, faite de saignées, de purges et de remèdes souvent toxiques, il cesse un temps d'exercer et vit de traductions d'ouvrages médicaux.

En traduisant un traité du médecin écossais William Cullen, il s'interroge sur l'action de l'écorce de quinquina contre les fièvres. Il en absorbe lui-même et observe des symptômes qu'il juge proches de ceux des fièvres intermittentes. Il en tire l'idée que ce qui provoque des symptômes chez un sujet sain peut soulager des symptômes semblables chez un malade. Il expose ce principe en 1796, puis le développe dans son ouvrage majeur, l'Organon de l'art de guérir, dont la première édition paraît en 1810.

Hahnemann termine sa vie à Paris, où il s'installe en 1835. Au XIXe siècle, l'homéopathie se diffuse en Europe, aux États-Unis puis en Inde. Dans un contexte où les traitements de l'époque étaient souvent dangereux, une méthode qui ne nuisait pas pouvait paraître plus efficace que ses concurrentes, ce qui a sans doute contribué à son succès.

Les principes fondamentaux

Les grands principes de l'homéopathie selon Hahnemann
PrincipeDéfinitionExemple traditionnel
SimilitudeSoigner le semblable par le semblable (similia similibus curentur)L'oignon (Allium cepa), qui fait pleurer et couler le nez, est employé traditionnellement dans des rhumes avec écoulement
DilutionDiluer fortement la substance de départ pour éviter sa toxicitéDilutions successives au centième (CH)
DynamisationSecouer vigoureusement la préparation à chaque étape de dilutionSuccussions répétées entre chaque dilution
IndividualisationChoisir le remède selon l'ensemble des symptômes et le profil de la personne, pas seulement selon la maladieDeux personnes enrhumées peuvent recevoir des remèdes différents

Les remèdes sont issus de substances d'origine végétale (arnica, belladone), minérale (soufre, sels) ou animale. Leur tableau de symptômes a été établi à partir d'expérimentations sur des sujets sains, appelées pathogénésies, et de l'expérience clinique des praticiens, compilée dans des recueils appelés matières médicales.

L'homéopathie se distingue de la phytothérapie, qui utilise des plantes à des doses pondérales contenant des molécules actives. L'arnica homéopathique et l'arnica en gel de phytothérapie ne sont pas du tout la même chose.

Comprendre les dilutions CH

Le sigle CH signifie centésimale hahnemannienne. La préparation se fait par étapes :

  1. On part d'une teinture mère ou d'une substance de base.
  2. On prélève 1 part de cette substance que l'on mélange à 99 parts de solvant (eau et alcool) : on obtient une dilution au centième, appelée 1 CH.
  3. On secoue vigoureusement la préparation (dynamisation).
  4. On prélève 1 part de cette 1 CH dans 99 parts de solvant : c'est la 2 CH, soit une dilution au dix-millième.
  5. On répète l'opération autant de fois que le nombre de CH souhaité, puis on imprègne des granules de sucre (saccharose et lactose) avec la dilution finale.

Chaque CH multiplie la dilution par 100. Le calcul est donc simple :

Facteur de dilution selon le nombre de CH
DilutionFacteurCe que cela représente
1 CH1/100Une goutte dans une petite cuillère d'eau environ
3 CH1/1 000 000 (10-6)Une dilution au millionième
5 CH10-10Une dilution au dix-milliardième
9 CH10-18Une trace infime, difficilement détectable
12 CH10-24Seuil au-delà duquel, d'après le nombre d'Avogadro, il est très improbable qu'il reste une seule molécule de la substance de départ
15 CH, 30 CH10-30, 10-60Aucune molécule de départ attendue

C'est le cœur du débat scientifique : à partir d'environ 12 CH, il ne reste statistiquement plus de substance active. Les défenseurs de l'homéopathie avancent l'idée d'une « mémoire » transmise par l'eau ; cette hypothèse, popularisée par l'affaire Benveniste à la fin des années 1980, n'a pas été confirmée par des expériences reproductibles et entre en contradiction avec les connaissances en physique et en chimie.

Le déremboursement en France

Pendant des décennies, les médicaments homéopathiques prescrits étaient remboursés par l'Assurance maladie à 30 %, par dérogation, sans avoir fait l'objet d'une évaluation comparable à celle des autres médicaments. En 2018, la ministre de la Santé a saisi la Haute Autorité de santé pour évaluer le bien-fondé de ce remboursement.

Après avoir analysé la littérature disponible pour de nombreuses affections, la HAS a publié son avis en juin 2019 : elle a estimé que les médicaments homéopathiques n'avaient pas démontré une efficacité suffisante pour justifier un remboursement, et s'est prononcée pour un avis défavorable à leur prise en charge.

Le gouvernement a suivi cet avis avec une transition :

  • 1er janvier 2020 : le taux de remboursement passe de 30 % à 15 %.
  • 1er janvier 2021 : déremboursement total par l'Assurance maladie.

Ce déremboursement ne signifie pas une interdiction : les médicaments homéopathiques restent autorisés, peuvent toujours être prescrits et achetés en pharmacie. Certaines mutuelles continuent de les prendre en charge dans des forfaits « médecines douces » ou « pharmacie non remboursée ». Notre article sur les médecines douces remboursées par la mutuelle explique comment vérifier votre contrat.

L'état des connaissances scientifiques

De nombreuses études ont été menées sur l'homéopathie depuis le XXe siècle, avec des résultats contradictoires. Les synthèses les plus rigoureuses concluent cependant de façon convergente :

  • Le NHMRC australien (2015) : après une revue de la littérature, le National Health and Medical Research Council a conclu qu'il n'existait aucune affection pour laquelle des preuves fiables montrent que l'homéopathie est efficace. Les études concluant à un effet étaient le plus souvent de petite taille ou de faible qualité.
  • La HAS (2019) : efficacité jugée insuffisante pour justifier un remboursement, dans les affections étudiées.
  • Des académies scientifiques, européennes et françaises, ont également exprimé des positions critiques sur l'absence de preuve d'efficacité au-delà du placebo.

Les partisans de l'homéopathie objectent que la méthode, très individualisée, se prête mal aux essais standardisés, et mettent en avant la satisfaction des patients et des praticiens. Ces arguments méritent d'être entendus, mais l'individualisation peut aussi être étudiée en essai contrôlé, et la satisfaction ne suffit pas à démontrer un effet propre du remède.

Dire qu'un remède n'a pas démontré d'efficacité supérieure au placebo ne revient pas à dire que les personnes qui l'utilisent « imaginent » leur amélioration : elle peut être bien réelle, mais due à d'autres facteurs.

Pourquoi tant de personnes se sentent mieux

Beaucoup d'utilisateurs témoignent sincèrement d'un mieux-être. Plusieurs phénomènes, bien connus, l'expliquent sans avoir à invoquer un effet propre des granules :

  • L'évolution naturelle : rhumes, maux de gorge, petites douleurs, troubles du sommeil passagers guérissent ou s'atténuent souvent d'eux-mêmes.
  • La régression vers la moyenne : on consulte au pire moment, et les symptômes reviennent naturellement vers leur niveau habituel.
  • L'effet placebo et le rituel de soin : attentes positives, conditionnement, prise régulière, comme nous l'expliquons dans notre article sur l'effet placebo.
  • La consultation : une consultation homéopathique est souvent longue, attentive à l'ensemble de la personne, ce qui a une valeur réelle pour l'anxiété et le sentiment d'être écouté.
  • Les traitements associés : l'homéopathie est souvent prise en même temps que d'autres mesures (repos, hydratation, médicaments).

Reconnaître ces mécanismes permet de respecter l'expérience des personnes tout en restant honnête sur ce que l'on sait des remèdes eux-mêmes.

Précautions et situations à risque

Les granules homéopathiques à haute dilution ne présentent en général pas de toxicité propre. Le risque principal est ailleurs : la perte de chance lorsqu'on les utilise à la place d'un traitement efficace ou que l'on retarde une consultation.

  • Ne jamais remplacer un traitement prescrit (antibiotique, anticoagulant, insuline, traitement anticancéreux, antiépileptique, antidépresseur) par de l'homéopathie.
  • Vaccins : il n'existe pas de « vaccin homéopathique » ; aucune préparation homéopathique ne protège contre une maladie infectieuse.
  • Enfants et nourrissons : fièvre chez un bébé de moins de 3 mois, difficultés respiratoires, déshydratation imposent une consultation médicale rapide.
  • Diabétiques et intolérants au lactose : les granules contiennent du sucre et du lactose, en petites quantités.
  • Basses dilutions et teintures mères : elles peuvent contenir des quantités réelles de substances potentiellement toxiques ou allergisantes ; demandez conseil au pharmacien.
  • Discours alarmistes : un praticien qui vous déconseille un traitement ou la vaccination au profit de l'homéopathie présente un signal de dérive thérapeutique.

Que faire si vous utilisez l'homéopathie

Vous êtes libre de continuer à utiliser l'homéopathie si elle vous convient. Quelques repères permettent de le faire en sécurité :

  1. Informez votre médecin de tout ce que vous prenez, y compris les granules et les compléments.
  2. Réservez-la aux troubles bénins et passagers, et fixez-vous un délai : si les symptômes persistent, s'aggravent ou s'accompagnent de fièvre élevée, consultez.
  3. Ne modifiez jamais un traitement de fond sans l'avis de votre médecin.
  4. Explorez des approches dont l'intérêt est mieux documenté pour le stress et le sommeil : activité physique, cohérence cardiaque, méditation, relaxation, hygiène du sommeil.
  5. Pour les plantes, tournez-vous vers la phytothérapie avec l'avis d'un pharmacien, en vérifiant les interactions et contre-indications.

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Questions fréquentes

Qui a inventé l'homéopathie ?

Le médecin allemand Samuel Hahnemann (1755-1843), qui en expose le principe en 1796 et publie l'Organon de l'art de guérir en 1810.

Que signifie 5 CH ou 9 CH ?

CH signifie centésimale hahnemannienne : chaque CH correspond à une dilution au centième. Une 5 CH est donc diluée 10 puissance 10 fois, une 9 CH 10 puissance 18 fois.

Pourquoi l'homéopathie n'est-elle plus remboursée ?

En juin 2019, la Haute Autorité de santé a estimé que son efficacité n'était pas suffisamment démontrée. Le remboursement est passé à 15 % en 2020, puis a été supprimé le 1er janvier 2021.

L'homéopathie est-elle interdite ?

Non. Les médicaments homéopathiques restent autorisés, peuvent être prescrits et sont vendus en pharmacie. Certaines mutuelles les prennent encore en charge.

L'homéopathie est-elle plus efficace qu'un placebo ?

Les synthèses les plus rigoureuses, dont celle du NHMRC australien en 2015, n'ont trouvé aucune affection pour laquelle des preuves fiables montrent une efficacité. Le mieux-être ressenti s'explique par d'autres facteurs.

L'homéopathie est-elle dangereuse ?

Les hautes dilutions n'ont généralement pas de toxicité propre, mais le risque est de remplacer ou retarder un traitement efficace. Elle ne doit jamais se substituer à un traitement prescrit ni à un vaccin.

Information santé : cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un professionnel de santé. Transparence : certains liens vers des formations sont des liens d'affiliation ; ils n'entraînent aucun surcoût pour vous.

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