Bien-être

Alimentation BARF du chien : principes, bénéfices annoncés et risques

Le BARF consiste à nourrir le chien de viande crue, d'os charnus et d'abats. Ses bénéfices annoncés reposent surtout sur des témoignages, alors que ses risques sont documentés : déséquilibres nutritionnels, bactéries comme Salmonella et Listeria, parasites et accidents liés aux os. Voici ce qu'en disent les études et comment limiter les dangers, ou choisir une alternative plus sûre.

Alimentation BARF du chien : principes, bénéfices annoncés et risques — illustration Savoirs Naturels

Cet article fait partie de notre dossier Remèdes naturels du quotidien et naturopathie : le guide complet du sujet et tous nos articles associés.

L'essentiel à retenir

  • Le BARF (Bones And Raw Food ou Biologically Appropriate Raw Food) consiste à nourrir le chien de viande crue, d'os charnus, d'abats et d'une part de végétaux. Il a été popularisé par le vétérinaire australien Ian Billinghurst, auteur en 1993 du livre Give Your Dog a Bone.
  • Les bénéfices revendiqués (pelage, dents, digestion, comportement) reposent surtout sur des témoignages : une revue de 2019 dans le Journal of Small Animal Practice qualifie la plupart de ces affirmations de mélange d'anecdotes et d'opinions.
  • Les risques sont documentés : déséquilibres nutritionnels (calcium et phosphore notamment), bactéries (Salmonella, Listeria, E. coli, bactéries résistantes aux antibiotiques), parasites et accidents liés aux os.
  • Le BARF est déconseillé dans les foyers avec jeunes enfants, femme enceinte, personne âgée ou immunodéprimée. Si vous y tenez, faites formuler la ration par un vétérinaire nutritionniste ; une ration ménagère cuite, équilibrée par un professionnel, est une alternative plus sûre.

Qu'est-ce que le BARF et d'où vient-il ?

Le BARF est une façon de nourrir le chien avec des aliments crus, en s'inspirant de ce que mangerait un carnivore sauvage. L'acronyme anglais est décliné de deux façons : Bones And Raw Food (« os et aliments crus ») ou Biologically Appropriate Raw Food (« alimentation crue biologiquement adaptée »).

La tendance s'est développée au début des années 1990 sous l'impulsion d'un vétérinaire australien, Ian Billinghurst, qui publie en 1993 Give Your Dog a Bone. Son idée centrale : le chien, descendant du loup, serait mieux nourri avec des proies entières ou leurs équivalents qu'avec des aliments industriels cuits. Le mouvement s'est ensuite diffusé en Europe, porté par les forums, les réseaux sociaux et un marché de produits crus surgelés ou lyophilisés.

Pour comprendre le débat, il faut séparer deux questions : l'alimentation crue est-elle meilleure pour la santé du chien ? Et ses risques sont-ils acceptables pour l'animal et la famille ? Sur la première, les preuves manquent ; sur la seconde, les données sont nombreuses.

Composition type d'une ration BARF

Il n'existe pas de recette officielle, mais la plupart des guides grand public proposent une ration dominée par les produits animaux crus. Le tableau suivant décrit les composantes habituelles et leur rôle supposé, sans constituer une recommandation.

Composantes habituelles d'une ration BARF et points de vigilance
ComposanteRôle revendiquéPoint de vigilance
Viande musculaire crueProtéines, plaisir de masticationContamination bactérienne et parasitaire
Os charnus crus (ailes, carcasses, cous)Apport de calcium, « brossage » des dentsFractures dentaires, obstructions, perforations ; dosage du calcium imprécis
Abats (foie, rein, cœur)Vitamines et minérauxExcès de vitamine A si trop de foie ; tissu thyroïdien pouvant provoquer une hyperthyroïdie
Légumes et fruits mixésFibres, variétéCertains sont toxiques pour le chien (raisin, oignon, ail…)
Huiles, œufs, complémentsAcides gras, vitaminesAjouts souvent faits « au jugé », sans calcul

La liste des aliments toxiques pour le chien figure dans notre article sur la naturopathie animale et ses précautions, que nous ne reprenons pas ici. Retenez surtout que la ration BARF est une construction approximative tant qu'elle n'a pas été calculée par un professionnel.

Le BARF est parfois proposé aussi pour le chat, carnivore strict aux besoins très particuliers (taurine notamment). Ce cas est traité dans notre article sur l'alimentation naturelle du chat : croquettes, pâtée ou ration ménagère.

Bénéfices annoncés face aux données

Les propriétaires qui choisissent le BARF citent surtout une alimentation « plus naturelle », un meilleur pelage, de meilleures dents, des selles plus petites, plus d'énergie et moins d'allergies. Qu'en dit la littérature vétérinaire ?

Bénéfices revendiqués du BARF et état des connaissances
Bénéfice revendiquéCe que disent les revues vétérinaires
Meilleure digestibilitéQuelques études suggèrent une digestibilité un peu supérieure à certains aliments industriels, sans bénéfice de santé démontré pour autant (revue de Freeman et collaborateurs, Université Tufts, 2013)
Selles plus fermes, microbiote modifiéDes données montrent une composition du microbiote différente et des selles de meilleure qualité ; l'intérêt de ces changements pour la santé reste à établir (Davies et collaborateurs, 2019)
Pelage, dents, comportement, allergiesPas de preuve solide ; affirmations décrites comme un mélange d'anecdotes et d'opinions (Davies et collaborateurs, 2019)
Effets à long terme sur la santéAucune étude n'a évalué les effets à long terme de l'alimentation crue (Handl, Veterinary Focus, 2014)

La conclusion des chercheurs de l'Université Tufts, publiée dans le Journal of the American Veterinary Medical Association, est nette : les risques l'emportent sur les bénéfices, qui restent minimes en l'état des connaissances. Le parallèle avec l'humain est instructif : comme pour le microbiote intestinal humain, un microbiote « différent » n'est pas automatiquement un microbiote « meilleur ».

Beaucoup de chiens nourris au BARF sont aussi des chiens plus surveillés, plus promenés, mieux pesés : leurs propriétaires sont très investis. Une partie de l'amélioration perçue peut venir de ces changements plutôt que du cru lui-même.

Risque n° 1 : les déséquilibres nutritionnels

Un chien a besoin de plusieurs dizaines de nutriments en quantités précises. Une ration composée « à l'œil » a peu de chances de tous les couvrir sans excès.

  • Calcium et phosphore : la viande est riche en phosphore et pauvre en calcium ; l'équilibre dépend presque entièrement de la quantité d'os, très variable d'une ration à l'autre. La revue de Davies et collaborateurs (2019) rapporte que de nombreuses rations crues, maison comme commerciales, présentent des déséquilibres phosphocalciques ou des carences en vitamines. Chez le chiot en croissance, ces erreurs peuvent affecter le squelette.
  • Vitamines et oligo-éléments : la choline, la vitamine D, le zinc ou la vitamine E font partie des carences relevées dans les recettes maison, crues ou cuites (voir l'étude sur 200 recettes présentée plus bas).
  • Excès : trop de foie expose à un excès de vitamine A ; des viandes contenant du tissu thyroïdien ont été associées à des hyperthyroïdies chez le chien, comme le signale l'article de S. Handl dans Veterinary Focus.
  • Compléments au hasard : ajouter des poudres « pour compenser » sans calcul peut créer d'autres déséquilibres. Le raisonnement rejoint ce que nous expliquons pour l'humain dans notre article sur les compléments alimentaires utiles et leurs pièges.

Risque n° 2 : bactéries et parasites, pour le chien et pour vous

C'est le risque le mieux documenté, et il concerne toute la famille, pas seulement le chien.

Ce que montrent les analyses

  • Étude de la FDA (Center for Veterinary Medicine, octobre 2010 à juillet 2012) : sur 196 échantillons d'aliments crus pour chiens et chats achetés en ligne, 15 étaient positifs à Salmonella et 32 à Listeria monocytogenes, alors que les autres types d'aliments testés ne présentaient que peu ou pas de résultats positifs.
  • Revue de 2019 (Davies et collaborateurs) : Salmonella retrouvée dans environ 7 à 21 % des échantillons crus surgelés nord-américains selon les études, contre 0,2 % des aliments secs conventionnels dans une étude américaine. L'alimentation crue est aussi associée à une excrétion plus fréquente, dans les selles des chiens et des chats, de bactéries résistantes aux antibiotiques.
  • Office fédéral suisse de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) : un rapport de surveillance cite des analyses où de nombreux produits crus dépassaient les normes d'hygiène et contenaient Listeria, Yersinia ou des salmonelles, tout en jugeant le risque d'infection des propriétaires faible mais réel, surtout par contamination croisée en cuisine.

Pourquoi l'humain est concerné

Un chien nourri cru peut excréter des bactéries pathogènes tout en paraissant en parfaite santé. La contamination humaine se fait par les mains, les plans de travail, l'évier, les gamelles, les selles ou les léchouilles. Le gouvernement du Québec signale une éclosion de salmonellose résistante aux antibiotiques liée à des aliments crus pour animaux, dans laquelle près de la moitié des cas québécois concernaient des enfants de 5 ans ou moins. Il déconseille cette alimentation dans les foyers comptant de jeunes enfants, des femmes enceintes, des personnes âgées ou immunodéprimées.

Les parasites

L'ESCCAP rappelle que plusieurs parasites ont besoin que le carnivore mange de la viande ou des abats crus pour boucler leur cycle, dont certains transmissibles à l'humain (Toxoplasma, Echinococcus granulosus). Une congélation à -20 °C pendant 1 à 2 jours inactive la plupart des parasites de la viande, mais la congélation ne détruit pas les bactéries. Un chien nourri cru doit faire l'objet d'un plan de vermifugation adapté, à définir avec le vétérinaire : voir notre article sur le vermifuge naturel et les vraies précautions.

Risque n° 3 : les os

Les os crus sont présentés comme sûrs parce qu'ils seraient moins cassants que les os cuits. Ils restent pourtant à l'origine d'accidents : la revue de l'Université Tufts mentionne des fractures dentaires et des obstructions ou perforations digestives. Les risques augmentent avec les os porteurs de gros animaux, très durs, les morceaux trop petits avalés tout rond et les chiens gloutons.

  • Ne jamais donner d'os cuits.
  • Surveiller le chien pendant qu'il mange, sans le déranger.
  • Retirer les morceaux pointus ou trop petits.
  • Demander au vétérinaire si les os sont compatibles avec la dentition et le gabarit de votre chien.

Si vous choisissez le BARF : réduire les risques

Certains propriétaires restent attachés au cru malgré ces données. Dans ce cas, l'objectif devient de réduire les risques au maximum, avec ces étapes :

  1. Vérifiez le foyer : pas de BARF s'il y a un bébé, de jeunes enfants, une grossesse, une personne âgée fragile ou immunodéprimée, ou un chien lui-même malade, très jeune ou âgé.
  2. Faites formuler la ration par un vétérinaire spécialisé en nutrition, à partir du poids, de l'âge, de l'activité et de l'état de santé du chien. Une recette trouvée en ligne ne suffit pas.
  3. Choisissez des produits destinés à l'alimentation animale dont l'origine et la traçabilité sont claires, et congelez la viande crue avant usage.
  4. Décongelez au réfrigérateur, dans un récipient fermé sur la clayette du bas, uniquement la portion du jour ; ne rincez pas la viande crue dans l'évier (projections).
  5. Jetez les restes : le gouvernement du Québec conseille de jeter la viande non consommée 30 minutes après le repas.
  6. Nettoyez et désinfectez gamelle, plan de travail, ustensiles et évier après chaque préparation ; lavez-vous les mains au savon pendant au moins 20 secondes.
  7. Évitez les léchouilles du visage, surtout après le repas, et ramassez les selles rapidement.
  8. Faites suivre le chien : pesées, examen clinique et, si le vétérinaire le juge utile, analyses sanguines.

Une transition alimentaire se fait toujours progressivement, sur plusieurs jours, pour limiter les troubles digestifs.

Les alternatives : ration ménagère cuite et aliments complets

Vouloir une alimentation fraîche, peu transformée et connue n'impose pas le cru. Deux options permettent de garder cet esprit avec moins de risques.

La ration ménagère cuite, formulée par un professionnel

La cuisson à cœur supprime l'essentiel du risque bactérien et parasitaire. Le défi reste l'équilibre : une étude de l'Université de Californie à Davis (Stockman et collaborateurs, 2013) a analysé 200 recettes maison pour chiens issues de livres, de sites internet et même de manuels vétérinaires. Seules 9 couvraient tous les nutriments essentiels selon les minimums de l'AAFCO, et seulement 5 selon ceux du National Research Council ; 95 % présentaient au moins une carence (choline, vitamine D, zinc ou vitamine E notamment). Les quatre recettes rédigées par des vétérinaires nutritionnistes diplômés étaient, elles, conformes. La leçon : une ration ménagère est possible, à condition d'être calculée par un spécialiste et complétée par le complément minéral et vitaminique qu'il prescrit.

Les aliments industriels complets

Croquettes et pâtées portant la mention « aliment complet » sont formulées pour couvrir les besoins du chien selon son stade de vie. Il en existe de qualité très variable ; votre vétérinaire peut vous aider à lire l'étiquette et à choisir.

Notre guide des remèdes naturels et de la naturopathie rappelle le principe qui s'applique ici : le « naturel » n'a de valeur que s'il est sûr et adapté. Pour approfondir l'équilibre alimentaire de façon générale, la fiche sur la formation de coach en nutrition présente les bases de la nutrition humaine, et la formation en naturopathie animalière les transpose au chien et au chat.

Signes qui imposent le vétérinaire

  • Diarrhée ou vomissements répétés, sang dans les selles, fièvre, abattement après un repas cru.
  • Efforts pour vomir sans résultat, ventre gonflé, douleur abdominale, constipation avec efforts inefficaces après l'ingestion d'os.
  • Bave abondante, mâchoire qui reste ouverte, patte portée à la bouche (os coincé).
  • Dent cassée ou douleur à la mastication.
  • Chiot nourri cru qui boite, grandit mal ou présente des déformations des membres.
  • Amaigrissement, poil terne, fatigue durable.

Si un membre de la famille présente une fièvre, une diarrhée ou des symptômes digestifs, signalez au médecin que le chien est nourri au cru.

Aller plus loin : se former à l'alimentation et au bien-être animal

Vous souhaitez conseiller les propriétaires sur l'hygiène de vie et l'alimentation de leur animal, avec sérieux et dans le respect du rôle du vétérinaire ? Notre fiche détaillée présente une formation en naturopathie animalière en ligne, certifiante. Pour compléter vos connaissances, découvrez la formation de coach en nutrition et la formation de naturopathe, ou parcourez l'ensemble de notre catalogue.

Voir les 48 formations

Sources de référence pour aller plus loin

Ces ressources d'organismes publics et scientifiques permettent de vérifier et d'approfondir les informations générales de cette page. Elles ne cautionnent ni Savoirs Naturels ni les formations présentées. Notre charte éditoriale détaille notre méthode.

Questions fréquentes

Qui a inventé le BARF ?

Le BARF a été popularisé au début des années 1990 par le vétérinaire australien Ian Billinghurst, auteur en 1993 du livre Give Your Dog a Bone.

Le BARF est-il meilleur pour la santé du chien ?

Aucune étude n'a démontré de bénéfice de santé à long terme. Des chercheurs de l'Université Tufts ont conclu en 2013 que les risques l'emportent sur des bénéfices minimes.

Quels sont les risques du BARF pour l'humain ?

Les aliments crus peuvent contenir Salmonella, Listeria ou des bactéries résistantes, transmissibles par les mains, les surfaces ou les selles du chien. Cette alimentation est déconseillée en présence de jeunes enfants, de femme enceinte, de personnes âgées ou immunodéprimées.

La congélation rend-elle la viande crue sans danger ?

Non. Selon l'ESCCAP, une congélation à -20 °C pendant 1 à 2 jours inactive la plupart des parasites, mais elle ne détruit pas les bactéries.

Les os crus sont-ils sans danger pour le chien ?

Non. Ils peuvent provoquer des fractures dentaires et des obstructions ou perforations digestives. Les os cuits sont à proscrire.

Quelle alternative au BARF ?

Une ration ménagère cuite formulée par un vétérinaire nutritionniste, ou un aliment industriel complet de qualité. Une étude de 2013 a montré que 95 % de 200 recettes maison présentaient au moins une carence.

Information santé : cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un professionnel de santé. Transparence : certains liens vers des formations sont des liens d'affiliation ; ils n'entraînent aucun surcoût pour vous.

À lire aussi