Comprendre

Médecines douces à l'hôpital : les soins de support

Les soins de support sont les soins proposés en plus des traitements d'une maladie grave, surtout en cancérologie, pour préserver la qualité de vie. Inscrits dans le premier plan cancer de 2003, ils incluent de plus en plus d'approches complémentaires comme l'hypnose, la sophrologie ou la socio-esthétique. Voici ce qui existe, ce que l'on sait de leur intérêt et comment y accéder.

Médecines douces à l'hôpital : les soins de support — illustration Savoirs Naturels

L'essentiel à retenir

  • Les soins de support regroupent les soins et le soutien proposés en plus des traitements spécifiques d'une maladie grave, surtout en oncologie : douleur, fatigue, nutrition, soutien psychologique, social, activité physique, image de soi.
  • En France, ils ont été inscrits dans le premier plan cancer (2003-2007), puis confirmés par les plans suivants et la stratégie décennale de lutte contre les cancers 2021-2030.
  • On y retrouve des approches complémentaires : hypnose (dont l'hypnosédation en anesthésie), sophrologie, socio-esthétique, acupuncture, activité physique adaptée, relaxation, méditation, art-thérapie.
  • Ces soins visent la qualité de vie et le confort ; ils ne traitent pas la maladie et ne remplacent jamais le traitement. Ils sont souvent gratuits pour le patient lorsqu'ils sont proposés par l'établissement.

Que sont les soins de support ?

Les soins oncologiques de support sont définis comme l'ensemble des soins et soutiens nécessaires aux personnes malades tout au long de la maladie, conjointement aux traitements spécifiques (chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, immunothérapie…). Ils concernent aussi l'après-traitement et peuvent s'adresser aux proches.

Leur objectif est de préserver la qualité de vie sur le plan physique, psychologique et social. Ils s'organisent autour d'un socle de soins que tout patient atteint de cancer doit pouvoir obtenir :

  • la prise en charge de la douleur ;
  • la prise en charge diététique et nutritionnelle ;
  • le soutien psychologique ;
  • la prise en charge sociale, familiale et professionnelle ;
  • l'activité physique adaptée ;
  • les conseils d'hygiène de vie ;
  • le soutien psychologique des proches et aidants ;
  • la préservation de la santé sexuelle et de la fertilité.

Autour de ce socle, de nombreux établissements proposent des soins complémentaires : hypnose, sophrologie, socio-esthétique, réflexologie, acupuncture, art-thérapie, méditation. C'est là que les médecines douces trouvent leur place à l'hôpital, dans une logique proche de la médecine intégrative.

Des plans cancer à aujourd'hui

La notion de soins de support s'est structurée en France au début des années 2000. Le premier plan cancer (2003-2007) a prévu d'en garantir l'accès aux patients ; une circulaire de 2005 relative à l'organisation des soins en cancérologie en a précisé l'organisation. Les plans suivants, puis la stratégie décennale de lutte contre les cancers 2021-2030, pilotée notamment par l'Institut national du cancer (INCa), ont poursuivi cet effort, en mettant l'accent sur l'accès de tous et sur l'après-cancer.

Une société savante, l'AFSOS (Association francophone des soins oncologiques de support), rassemble les professionnels du domaine et élabore des référentiels de bonnes pratiques.

Grandes étapes des soins de support en France
PériodeÉtapeApport principal
2003-2007Premier plan cancerReconnaissance des soins de support dans le parcours
2005Circulaire sur l'organisation des soins en cancérologieOrganisation et coordination des soins de support dans les établissements
2009-2013 et 2014-2019Deuxième et troisième plans cancerAccompagnement personnalisé, après-cancer, accès élargi
2016Loi de modernisation de notre système de santéPossibilité pour le médecin de prescrire une activité physique adaptée aux patients en affection de longue durée
2021-2030Stratégie décennale de lutte contre les cancersQualité de vie, réduction des séquelles, soutien de l'après-cancer

Panorama des approches proposées

L'offre varie beaucoup d'un établissement à l'autre. Voici les approches complémentaires les plus fréquemment rencontrées, avec leur objectif et le niveau de connaissances, décrit de façon qualitative.

Approches complémentaires fréquentes en soins de support
ApprocheObjectif principalQui la pratique souventÉtat des connaissances
Activité physique adaptéeFatigue, condition physique, moralEnseignants en APA, kinésithérapeutesBénéfices solidement documentés
Hypnose, hypnosédationAnxiété, douleur liée aux soinsAnesthésistes, infirmiers formésDonnées favorables pour l'anxiété et la douleur procédurale
Sophrologie, relaxationStress, sommeil, préparation aux soinsSophrologues, soignants formésDonnées limitées mais bonne tolérance
Méditation de pleine conscienceAnxiété, qualité de viePsychologues, instructeurs formésDonnées encourageantes sur le stress
AcupunctureNausées, certaines douleurs, bouffées de chaleurMédecins acupuncteurs, sages-femmesDonnées variables selon le symptôme
Socio-esthétiqueImage de soi, confort cutanéSocio-esthéticiennesBénéfice ressenti sur le bien-être, peu d'essais
Réflexologie, toucher-massageDétente, confortSoignants formés, réflexologuesDonnées limitées, bonne tolérance
Art-thérapie, musiqueExpression des émotions, apaisementArt-thérapeutes, musicothérapeutesDonnées limitées, intérêt sur le vécu

« Bonne tolérance » ne signifie pas absence de précaution : certaines pratiques doivent être adaptées pendant une chimiothérapie, en cas de plaquettes basses, de lymphœdème ou de métastases osseuses. C'est l'équipe médicale qui donne le feu vert.

L'hypnose à l'hôpital et l'hypnosédation

L'hypnose médicale est sans doute la pratique complémentaire qui a le plus progressé à l'hôpital ces dernières décennies. Elle est utilisée, dans sa version médicale, par des anesthésistes, des infirmiers, des sages-femmes ou des médecins formés, souvent via des diplômes universitaires.

L'hypnosédation

L'hypnosédation associe un état hypnotique, induit par la voix du soignant, à une anesthésie locale et, si besoin, à une sédation légère. Elle a été développée dans les années 1990 au CHU de Liège, en Belgique, par l'anesthésiste Marie-Elisabeth Faymonville. Elle est utilisée pour certaines interventions chirurgicales (par exemple en chirurgie thyroïdienne ou mammaire dans certaines équipes) et pour des gestes douloureux ou anxiogènes. Elle ne convient pas à toutes les interventions ni à tous les patients, et c'est l'équipe d'anesthésie qui décide.

L'hypnose conversationnelle

Plus largement, de nombreux soignants utilisent une communication thérapeutique inspirée de l'hypnose lors des ponctions, pansements, poses de cathéter ou examens d'imagerie : choix des mots, focalisation de l'attention sur un souvenir agréable, respiration guidée. Elle repose en partie sur la maîtrise des attentes, et donc sur les mécanismes décrits dans notre article sur l'effet placebo, ainsi que sur l'évitement de l'effet nocebo.

Pour comprendre la pratique hors de l'hôpital et la différence entre hypnose médicale et hypnose de bien-être, consultez notre article sur le métier d'hypnothérapeute et la fiche consacrée à l'hypnose de bien-être.

L'activité physique adaptée

L'activité physique adaptée (APA) est l'approche dont les bénéfices sont les mieux établis en soins de support : elle aide à réduire la fatigue liée au cancer et aux traitements, à maintenir la masse musculaire, à améliorer la qualité de vie et le moral. Pour certains cancers, une activité physique régulière après les traitements est associée à un meilleur pronostic dans les études observationnelles, ce qui ne permet pas à elle seule de conclure à un effet de cause à effet.

Les séances sont encadrées par des enseignants en activité physique adaptée, formés en STAPS, ou par des kinésithérapeutes. Depuis la loi du 26 janvier 2016, le médecin traitant peut prescrire une activité physique adaptée aux patients atteints d'une affection de longue durée, ce que l'on appelle familièrement le « sport sur ordonnance ». La prise en charge financière dépend en revanche des structures, des collectivités et des mutuelles.

  • Commencer progressivement, même par de courtes marches.
  • Adapter l'intensité aux jours de traitement et à la fatigue.
  • Demander l'avis de l'oncologue en cas de métastases osseuses, de cathéter, d'anémie importante ou de risque infectieux.
  • Combiner endurance douce, renforcement musculaire léger et souplesse ; un yoga doux ou le qi gong peuvent compléter.

La socio-esthétique et l'image de soi

La socio-esthétique est la pratique de soins esthétiques auprès de personnes fragilisées par la maladie, le handicap ou la précarité. Les socio-esthéticiennes sont des esthéticiennes diplômées qui ont suivi une formation complémentaire. À l'hôpital, elles proposent :

  • des soins du visage et des mains adaptés à une peau sèche ou sensibilisée par les traitements ;
  • des conseils de maquillage correcteur, notamment pour redessiner des sourcils ou atténuer un teint terne ;
  • des conseils pour le port de foulards, turbans ou prothèses capillaires en cas de chute de cheveux ;
  • des soins des ongles fragilisés par certaines chimiothérapies.

Ces soins n'agissent pas sur la maladie, pas plus que la réflexologie ou la relaxation proposées dans certains services, mais ils redonnent souvent un sentiment de normalité, de dignité et de contrôle sur son image, ce qui compte beaucoup dans la traversée des traitements.

Au-delà du cancer : maternité, douleur, gériatrie

Les approches complémentaires ne se limitent pas à l'oncologie. On les retrouve aussi :

  • en maternité : acupuncture pratiquée par des sages-femmes formées, préparation à la naissance avec sophrologie ou hypnose ;
  • dans les centres d'évaluation et de traitement de la douleur : hypnose, relaxation, méditation, activité physique, dans une approche pluridisciplinaire ;
  • en gériatrie et en soins palliatifs : toucher-massage, musique, aromathérapie dans certains services, accompagnement de la fin de vie ;
  • en psychiatrie : art-thérapie, médiations corporelles, relaxation, dans le cadre de projets de soins ;
  • en pédiatrie : distraction, hypnose et jeu pour réduire la peur des soins.

L'aromathérapie à l'hôpital, quand elle existe, est très encadrée, car les huiles essentielles ne sont pas anodines : c'est pourquoi elle est confiée à des soignants formés.

Comment y accéder

  1. Demandez dès l'annonce : lors de la consultation d'annonce ou du temps d'accompagnement soignant, interrogez l'infirmière de coordination sur les soins de support disponibles.
  2. Consultez le livret d'accueil ou l'espace d'information de l'établissement, qui liste souvent les ateliers et consultations.
  3. Renseignez-vous auprès des associations : des espaces de rencontre et d'information, des comités départementaux de la Ligue contre le cancer et d'autres associations proposent des ateliers gratuits ou peu coûteux.
  4. Parlez-en à votre médecin traitant pour une prescription d'activité physique adaptée si vous êtes en affection de longue durée.
  5. Vérifiez la prise en charge si vous consultez en ville : certaines mutuelles remboursent un forfait de séances. Notre article sur les médecines douces remboursées par la mutuelle explique comment vérifier.

Précautions et bonnes pratiques

  • Toujours en complément : aucune approche de soins de support ne remplace un traitement anticancéreux. Méfiez-vous de tout discours qui inciterait à l'arrêter : c'est un signal de dérive thérapeutique.
  • Tout signaler : plantes, compléments, huiles essentielles, jeûnes peuvent interagir avec les traitements ou les rendre moins efficaces. Informez systématiquement votre oncologue.
  • Choisir des intervenants formés : à l'hôpital, l'encadrement est assuré ; en ville, vérifiez la formation, l'expérience auprès de personnes malades et l'acceptation de la coordination avec l'équipe médicale.
  • Écouter son corps : fatigue, douleur, fièvre ou essoufflement inhabituels imposent d'arrêter et de contacter l'équipe soignante.
  • Penser aux proches : les aidants peuvent aussi bénéficier de soutien psychologique et d'ateliers de détente.

Si l'anxiété ou la tristesse deviennent envahissantes, parlez-en à l'équipe : un psychologue ou un psychiatre peut vous accompagner. En cas d'idées suicidaires, le 3114 est joignable 24 h/24 en France.

Aller plus loin : se former aux approches de confort

Vous souhaitez proposer des approches de détente et de confort, en complément des soins ? Notre fiche détaillée présente une formation en hypnose en ligne, avec ses limites et son cadre éthique. Pour compléter, découvrez la formation en relaxologie, la formation en art-thérapie et la formation en réflexologie.

Voir les 48 formations

Questions fréquentes

Que sont les soins de support ?

Ce sont les soins et soutiens proposés aux personnes malades en plus des traitements spécifiques, notamment en cancérologie : douleur, nutrition, soutien psychologique et social, activité physique adaptée, image de soi.

Depuis quand les soins de support existent-ils en France ?

Ils ont été inscrits dans le premier plan cancer 2003-2007, puis confirmés par les plans suivants et par la stratégie décennale de lutte contre les cancers 2021-2030.

Qu'est-ce que l'hypnosédation ?

C'est l'association d'un état hypnotique induit par le soignant, d'une anesthésie locale et parfois d'une sédation légère. Elle a été développée dans les années 1990 au CHU de Liège par Marie-Elisabeth Faymonville.

Qu'est-ce que la socio-esthétique ?

C'est la pratique de soins esthétiques adaptés auprès de personnes fragilisées par la maladie, réalisée par des esthéticiennes ayant suivi une formation complémentaire. Elle vise le confort et l'image de soi.

Les soins de support sont-ils gratuits ?

Lorsqu'ils sont proposés par l'établissement de soins, ils sont généralement sans frais pour le patient. En ville, la prise en charge dépend des structures, des associations et des mutuelles.

Les médecines douces peuvent-elles soigner un cancer ?

Non. En soins de support, elles visent le confort et la qualité de vie, toujours en complément des traitements anticancéreux, qui ne doivent jamais être interrompus sans avis médical.

Information santé : cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un professionnel de santé. Transparence : certains liens vers des formations sont des liens d'affiliation ; ils n'entraînent aucun surcoût pour vous.

À lire aussi