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Allergie, intolérance, sensibilité alimentaire : faire la différence

Une allergie alimentaire mobilise le système immunitaire et peut être grave, une intolérance est le plus souvent un problème de digestion, et une sensibilité désigne des symptômes au mécanisme encore mal défini. Voici comment les distinguer, reconnaître une urgence et obtenir un diagnostic fiable.

Allergie, intolérance, sensibilité alimentaire : faire la différence — illustration Savoirs Naturels

L'essentiel à retenir

  • Une allergie alimentaire est une réaction du système immunitaire, souvent rapide et parfois grave ; une intolérance est le plus souvent un problème de digestion (comme le déficit en lactase), gênant mais sans danger vital ; une sensibilité désigne des symptômes dont le mécanisme reste mal défini.
  • L'anaphylaxie est une urgence vitale : gêne respiratoire, gonflement de la gorge, malaise. Appelez le 15 ou le 112 et utilisez l'adrénaline auto-injectable si elle vous a été prescrite.
  • Dans l'Union européenne, le règlement INCO (n° 1169/2011) impose de signaler 14 allergènes majeurs dans les aliments, y compris, selon des modalités nationales, pour les denrées vendues non emballées et en restauration.
  • Le diagnostic relève du médecin, de l'allergologue ou du gastro-entérologue. Les tests d'IgG alimentaires, la kinésiologie ou la biorésonance ne sont pas des méthodes validées pour diagnostiquer une allergie ou une intolérance.

Allergie, intolérance, sensibilité : le tableau comparatif

Dans le langage courant, on dit facilement « je suis allergique » pour tout aliment qui ne réussit pas. Pourtant, les mécanismes, les risques et la prise en charge sont très différents. Les confondre peut conduire soit à sous-estimer un danger réel, soit à s'imposer des évictions inutiles.

Comparaison des réactions indésirables aux aliments
TypeMécanismeDélai d'apparitionGravité possibleDiagnostic
Allergie IgE-médiéeImmunitaire : anticorps IgE qui déclenchent la libération d'histamine et d'autres médiateursRapide : quelques minutes à 2 heures en généralDe légère à vitale (anaphylaxie), même avec une petite quantitéAllergologue : histoire clinique, tests cutanés, dosage d'IgE spécifiques, test de provocation encadré
Allergie non IgE-médiéeImmunitaire, sans IgE (cellules immunitaires du tube digestif)Retardé : plusieurs heures à quelques joursSouvent digestive ; certaines formes du nourrisson peuvent être sévèresMédecin, pédiatre, gastro-entérologue : éviction puis réintroduction encadrées
Maladie cœliaqueAuto-immune, déclenchée par le gluten chez des personnes prédisposéesVariable, souvent progressifLésions de l'intestin, carences, complications à long termePrise de sang (anticorps) puis biopsie, sous régime contenant du gluten
Intolérance enzymatiqueDigestif : manque d'une enzyme (lactase pour le lactose)Quelques dizaines de minutes à quelques heuresInconfort (ballonnements, diarrhée), sans danger vitalMédecin : histoire clinique, éventuellement test respiratoire
Sensibilité ou intolérance mal définieMal connu : fermentation de certains glucides, sensibilité de l'intestin, rôle du stressVariableGêne parfois importante, sans lésionDiagnostic d'exclusion par un médecin, après avoir écarté les autres causes

D'autres réactions ne relèvent d'aucune de ces catégories : intoxications alimentaires, réactions à des aliments riches en histamine (certains poissons mal conservés), effets pharmacologiques de la caféine. Un médecin aide à faire la part des choses.

L'allergie alimentaire en pratique

L'allergie survient lorsque le système immunitaire identifie à tort une protéine alimentaire comme dangereuse. Lors d'un premier contact, l'organisme se sensibilise en produisant des anticorps ; lors des contacts suivants, il réagit. C'est pourquoi une allergie peut apparaître avec un aliment consommé sans problème jusque-là.

Les manifestations les plus fréquentes sont :

  • cutanées : urticaire, rougeurs, démangeaisons, gonflement des lèvres ou des paupières (œdème) ;
  • buccales : picotements de la bouche et de la gorge, parfois dans le cadre d'un syndrome oral lié à une allergie aux pollens (pomme, noisette, cerise chez certaines personnes allergiques au bouleau) ;
  • digestives : vomissements, douleurs abdominales, diarrhée ;
  • respiratoires : nez qui coule, toux, sifflement, gêne respiratoire ;
  • générales : chute de tension, malaise, perte de connaissance.

Chez l'enfant, les allergies au lait de vache, à l'œuf, à l'arachide et aux fruits à coque sont parmi les plus fréquentes ; certaines disparaissent en grandissant, d'autres persistent. Chez l'adulte, on rencontre souvent des allergies aux fruits à coque, aux crustacés, aux poissons et aux fruits et légumes liés aux pollens. Seul l'allergologue peut établir le diagnostic, évaluer le risque de réaction grave et proposer un plan d'action.

Anaphylaxie : reconnaître l'urgence

L'anaphylaxie est une réaction allergique généralisée, rapide, qui peut menacer la vie. Elle doit être évoquée lorsque, après l'ingestion d'un aliment, apparaissent soudainement :

  • une gêne respiratoire, une respiration sifflante, une toux persistante, une voix rauque ;
  • un gonflement de la langue, des lèvres ou de la gorge, une difficulté à avaler ;
  • un malaise, des vertiges, une pâleur, une perte de connaissance ;
  • des vomissements répétés ou des douleurs abdominales intenses, souvent associés à une urticaire étendue.
  1. Utiliser immédiatement le stylo d'adrénaline auto-injectable s'il a été prescrit, dans la face externe de la cuisse, sans attendre que les symptômes s'aggravent.
  2. Appeler le 15 ou le 112 (le 15 en France, le 112 dans toute l'Union européenne), même si les symptômes s'améliorent après l'injection.
  3. Installer la personne : allongée, jambes surélevées en cas de malaise ; assise si elle a du mal à respirer. Ne pas la mettre debout brusquement.
  4. Ne pas la laisser seule, et faire une seconde injection si le médecin l'a prévu dans le plan d'action et si les symptômes persistent.

Les antihistaminiques ne remplacent pas l'adrénaline en cas d'anaphylaxie. Les personnes allergiques à risque doivent avoir sur elles leur trousse d'urgence et un plan d'action écrit, et leur entourage doit savoir s'en servir.

Les 14 allergènes à déclaration obligatoire

Le règlement (UE) n° 1169/2011 concernant l'information des consommateurs sur les denrées alimentaires, dit règlement INCO, dresse dans son annexe II la liste des substances qui doivent être signalées. Sur les produits emballés, elles doivent être mises en évidence dans la liste des ingrédients (en gras, en majuscules ou soulignées). Pour les denrées non préemballées, comme en boulangerie ou au restaurant, l'information doit aussi être disponible, selon des modalités fixées par chaque pays.

Les 14 allergènes de l'annexe II du règlement INCO
AllergènePrécisions
1. Céréales contenant du glutenBlé (dont épeautre et blé de Khorasan), seigle, orge, avoine, et leurs souches hybridées
2. CrustacésCrevettes, crabes, homards, langoustines…
3. ŒufsEt produits à base d'œufs
4. PoissonsEt produits à base de poissons
5. ArachidesCacahuètes et produits dérivés
6. SojaEt produits à base de soja
7. LaitY compris le lactose
8. Fruits à coqueAmandes, noisettes, noix, noix de cajou, noix de pécan, noix du Brésil, pistaches, noix de macadamia
9. CéleriEt produits à base de céleri
10. MoutardeEt produits à base de moutarde
11. Graines de sésameEt produits à base de sésame
12. Anhydride sulfureux et sulfitesÀ des concentrations supérieures à 10 mg/kg ou 10 mg/litre (exprimées en SO2)
13. LupinEt produits à base de lupin
14. MollusquesMoules, huîtres, calamars, escargots…

Les mentions du type « peut contenir des traces de… » relèvent de l'étiquetage dit de précaution : elles ne sont pas encadrées de la même façon et signalent un risque de contamination croisée. Leur interprétation, pour une personne allergique, doit être discutée avec l'allergologue.

L'intolérance au lactose

Le lactose est le sucre du lait. Pour être absorbé, il doit être coupé en deux par une enzyme de l'intestin grêle, la lactase. Chez une grande partie des adultes dans le monde, l'activité de la lactase diminue après le sevrage : c'est un phénomène naturel, plus ou moins marqué selon les origines. Le lactose non digéré arrive alors dans le côlon, où il est fermenté par les bactéries, ce qui peut provoquer ballonnements, gaz, douleurs et diarrhée.

L'intolérance au lactose n'est pas une allergie au lait : elle ne met pas la vie en danger et ne nécessite pas, en général, une éviction totale. Les seuils de tolérance sont très variables d'une personne à l'autre. L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a estimé en 2010 que la plupart des personnes ayant une mauvaise digestion du lactose tolèrent une quantité d'environ 12 grammes en une prise, soit à peu près celle d'un verre de lait, surtout au cours d'un repas.

  • Les fromages affinés (comté, emmental, parmesan…) contiennent très peu de lactose.
  • Les yaourts sont souvent mieux tolérés que le lait, grâce aux ferments qui prédigèrent une partie du lactose.
  • Le lait est mieux supporté en petite quantité et au cours d'un repas qu'à jeun.
  • Les laits délactosés et les boissons végétales enrichies en calcium sont des alternatives.

Avant de conclure, il est utile de consulter : des symptômes digestifs attribués au lactose peuvent avoir d'autres causes, dont une maladie cœliaque ou une maladie inflammatoire de l'intestin. Pour les troubles digestifs du quotidien, notre article sur la digestion difficile propose des repères complémentaires.

FODMAP et côlon irritable

Les FODMAP (acronyme anglais pour oligosaccharides, disaccharides, monosaccharides et polyols fermentescibles) sont des glucides mal absorbés dans l'intestin grêle et fermentés dans le côlon. On en trouve dans le blé, l'oignon, l'ail, certaines légumineuses, certains fruits comme la pomme ou la poire, le lait, et dans des édulcorants comme le sorbitol.

Chez les personnes souffrant du syndrome de l'intestin irritable, leur réduction peut soulager les ballonnements et les douleurs. Le régime pauvre en FODMAP, développé par une équipe de l'université Monash en Australie, se déroule en trois phases : réduction temporaire de quelques semaines, réintroduction progressive famille par famille, puis personnalisation à long terme.

Le régime pauvre en FODMAP n'est pas un régime à vie ni un régime « santé » pour tous. Il est restrictif et doit être encadré par un médecin ou un diététicien, après un diagnostic, pour éviter carences et appauvrissement du microbiote.

Maladie cœliaque et sensibilité au gluten

La maladie cœliaque est une maladie auto-immune : chez des personnes génétiquement prédisposées, le gluten déclenche une réaction qui abîme la paroi de l'intestin grêle. Elle peut se manifester par des troubles digestifs, mais aussi par une fatigue, une anémie, une perte de poids ou des signes très discrets. Elle impose un régime sans gluten strict et à vie, une fois le diagnostic confirmé.

Point essentiel : le diagnostic doit être posé avant toute éviction du gluten. Les examens (prise de sang puis biopsie) peuvent devenir faussement négatifs si l'on a déjà réduit ou supprimé le gluten. La sensibilité au gluten non cœliaque désigne, elle, des symptômes attribués au gluten en l'absence de maladie cœliaque et d'allergie au blé ; son mécanisme est débattu. Ces deux sujets sont développés dans notre article gluten : faut-il l'éviter quand on n'est pas cœliaque ?

Les tests non validés à éviter

De nombreux tests sont proposés pour « détecter les intolérances alimentaires », en laboratoire, en ligne ou en cabinet. Ils sont souvent coûteux, et leurs résultats peuvent conduire à des évictions multiples, inutiles et parfois préjudiciables.

  • Les tests d'IgG alimentaires : la présence d'IgG contre un aliment reflète surtout le fait que l'on en mange, pas une intolérance. Les sociétés savantes d'allergologie, dont l'Académie européenne d'allergologie et d'immunologie clinique (EAACI), déconseillent leur utilisation pour diagnostiquer une intolérance ou une allergie.
  • La kinésiologie appliquée et le test musculaire : ils ne permettent pas de diagnostiquer une allergie ou une intolérance. La kinésiologie peut être vécue comme un accompagnement du bien-être, mais le test musculaire n'est pas un outil diagnostique, comme nous le rappelons dans notre article sur la kinésiologie.
  • La biorésonance, l'analyse de cheveux pour les intolérances, les tests électrodermiques : leur intérêt diagnostique n'a pas été démontré.

Le danger principal de ces tests est double : passer à côté d'une vraie allergie ou d'une maladie cœliaque, et s'imposer des régimes restrictifs sans bénéfice, avec un risque de carences, d'isolement social et de rapport anxieux à l'alimentation, notamment chez l'enfant.

Un praticien de bien-être sérieux, qu'il soit formé en kinésiologie, en naturopathie ou en coaching en nutrition, oriente vers un médecin dès qu'une allergie ou une intolérance est suspectée, et ne pose jamais de diagnostic.

La bonne démarche, étape par étape

  1. En cas de réaction grave (gêne respiratoire, gonflement de la gorge, malaise) : 15 ou 112 immédiatement, puis consultation d'un allergologue.
  2. Noter les faits : aliment suspecté, quantité, délai d'apparition des symptômes, nature des symptômes, circonstances (effort, alcool, médicaments, période de pollens). Un journal alimentaire et des symptômes sur deux à trois semaines est précieux.
  3. Consulter son médecin traitant, qui oriente selon le cas vers un allergologue, un gastro-entérologue ou un pédiatre.
  4. Ne pas supprimer d'aliment de base (gluten, lait) avant les examens, sauf en cas de réaction allergique avérée et sur conseil médical.
  5. Réaliser les examens validés : tests cutanés, dosage d'IgE spécifiques, anticorps de la maladie cœliaque, test respiratoire au lactose, test de provocation sous surveillance médicale si nécessaire.
  6. Construire l'alimentation avec un diététicien une fois le diagnostic posé, pour éviter les carences et conserver le plaisir de manger.
  7. Réévaluer régulièrement : certaines allergies de l'enfant disparaissent, et une éviction ne doit pas être maintenue sans raison.

Aller plus loin : accompagner l'alimentation sans jamais poser de diagnostic

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Questions fréquentes

Quelle est la différence entre allergie et intolérance alimentaire ?

L'allergie est une réaction du système immunitaire, souvent rapide et parfois grave même avec une petite quantité. L'intolérance est le plus souvent un problème de digestion, comme le manque de lactase, gênant mais sans danger vital.

Quels sont les 14 allergènes à déclaration obligatoire ?

Les céréales contenant du gluten, les crustacés, les œufs, les poissons, l'arachide, le soja, le lait, les fruits à coque, le céleri, la moutarde, le sésame, les sulfites au-delà de 10 mg/kg ou 10 mg/l, le lupin et les mollusques, selon l'annexe II du règlement INCO n° 1169/2011.

Que faire en cas de choc anaphylactique ?

Utilisez immédiatement l'adrénaline auto-injectable si elle a été prescrite, appelez le 15 ou le 112, allongez la personne jambes surélevées ou asseyez-la si elle respire mal, et ne la laissez pas seule.

Les tests d'intolérance alimentaire IgG sont-ils fiables ?

Non. Les IgG alimentaires reflètent surtout la consommation habituelle d'un aliment, et les sociétés savantes d'allergologie déconseillent ces tests pour diagnostiquer une allergie ou une intolérance.

Quand on est intolérant au lactose, faut-il supprimer tous les produits laitiers ?

En général non. Les seuils de tolérance varient d'une personne à l'autre ; les fromages affinés contiennent très peu de lactose et les yaourts sont souvent mieux tolérés que le lait.

Qui consulter en cas de suspicion d'allergie alimentaire ?

Commencez par votre médecin traitant, qui vous orientera vers un allergologue, ou vers un gastro-entérologue pour les troubles digestifs. Un diététicien aide ensuite à adapter l'alimentation.

La kinésiologie peut-elle détecter une allergie alimentaire ?

Non. Le test musculaire utilisé en kinésiologie n'est pas un outil diagnostique ; une allergie se diagnostique par un médecin ou un allergologue avec des examens validés.

Information santé : cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un professionnel de santé. Transparence : certains liens vers des formations sont des liens d'affiliation ; ils n'entraînent aucun surcoût pour vous.

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